Volcane, chère humaine

L'amour et la guerre. L'eros, pulsion indicible de vie, la mort. Le jeu, les liens, la maîtrise. La liberté. L'enfance et l'innocence des sens. L'érotisme et la grivoiserie. L'image et le modèle.

06 novembre 2009

This is the End

Tout a une fin en ce monde.

Merci à vous tous.
Je communiquerai dans les jours qui viennent et quand le temps me le permettra, le lien vers mon nouveau site, pour ceux qui voudront bien me suivre...

Désormais, ne reste ici que la trame Essentielle. J'ai Elagué pour mieux voir le ciel.

Volcane

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01 octobre 2009

Chère humaine, chère animale...

chataquarelle

aquarelle : le Hussard

Elle aimait la musique. Elle était la musique elle-même, l'harmonie, la justesse, la légèreté diaphane des notes invisibles et bouleversantes, je la revois regarder mon Amour jouer de la guitare...Il dit qu'il a perdu sa plus grande fan.

Elle était la lumière et l'ombre à la fois, frêle et sombre silhouette filant dans l'ombre de mes nuits, la transperçant de l'éclat d'or de ses yeux précieux.

J'avais dit que je me tairais, je n'arrive pas à ne pas parler d'Elle.
Tout finit donc toujours comme ça, par un petit tas de terre avec un nom et deux dates ?

Vénus ma petite animale chérie, tu me manques tellement que le soleil de cet automne m'est cruel, insupportable, j'ai beau m'habiller de noir ça ne suffit pas, je t'aime à jamais. Ils ont beau venir cracher sur mes maux, les imbéciles qui ne comprennent pas mon geste et me jugent, je m'en fous tu vois ma Beauté, parce que mon geste c'est juste pour toi et que tu le vaux bien. Ils ont beau vouloir me faire honte, non je n'ai aucune honte d'avoir appelé à l'aide ceux qui m'aiment et ceux qui aiment les bêtes : l'humanité pour moi c'est l'amour entre les hommes en vue d'un progrès universel. Et puisqu'on veut me donner des leçons, commençons par sortir de l'inculture qui fait le terreau des guerres et des injustices : le mot "charité" est la francisation du latin caritas, -atis, signifiant d'abord cherté, puis amour. Cicéron prônait la "caritas generis humani", autrement dit l'amour du genre humain.

Vénus c'était l'amour, la beauté.  Mon geste c'est mon amour pour elle. Vos gestes c'est l'amour entre les hommes auquel je n'ai jamais cessé de croire, bien que je ne sois pas chrétienne - et vous me le prouvez encore. Que les âmes chagrines s'éloignent de ces lieux, je veux juste le silence et l'ombre pour pleurer.

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23 septembre 2009

Vénus Beauté

Des vers écrits en 1996, tu n'avais que deux ans ma beauté, ils disaient déjà la puissance indéfectible de notre lien...Je t'en prie ma Vénus, ma perle noire, ma déesse, ne meurs pas ! Je t'ai eue quand je traversais l'enfer, j'en suis revenue avec toi, tu as connu tous mes amants, tous mes amours, tu as accepté mon homme et même ma petite quand elle est née...Reste avec nous, sans toi la maison serait tellement vide je veux pas y penser !...

venus

Ta fourrure frôle ma main
Et déjà
Tu disparais
Tu retournes vers nulle part.

D'où viens-tu
Ô si douce-amère
Créature ?

Dame du Ciel de l'Egypte
Déesse-pharaone aux yeux précieux
Sphynge muette aux ongles longs
Qui font
Des sillons de sang sur la peau.

Qui es-tu ?
Sorcière hurlante sous les flammes
Ta chair calcinée de par les siècles
S'écarte dès qu'on t'approche trop...

Femme en chaleur qui se déchaîne
Persécutée, personnifiée
Diabolisée
Petite Eve non-pécheresse.

Je t'ai nommée déesse
Pour ton immortelle beauté
Pour l'or
De tes yeux, pour tes caresses brèves
Pour tes hurlements de fauve.

Pour ton corps d'ange noir
Pour ton silence nu
Pour ton âme qui brille dans la nuit
Et me parle d'amour
Vénus.

Vénus a aujourd'hui 15 ans, mais elle a toujours sa frêle silhouette de chatte des rues, et la rapidité élastique de sa prime jeunesse...Elle a traversé tant de vies à mes côtés. Dans le silence de ses yeux d'or et d'émeraude, il y a tous mes secrets. Quand elle mourra elle les emportera avec elle. Elle ne mange plus et ne réagit plus depuis 48h, après examen et prise de sang le verdict est tombé : infection virale grave qui détruit ses globules blancs à la vitesse grand V, test sida des chats négatif, traitement antibio et cortisone, si dans deux jours elle ne va pas mieux le pire est à craindre.

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22 juillet 2009

Etre ou ne pas être

joyce_tennesson

photo : Joyce Tennesson

Le Fongecif a refusé de financer mon congé de formation. La raison invoquée justifiant le refus est simple : les caractéristiques des autres dossiers correspondaient mieux aux critères et aux priorités définies par cet organisme. Autrement dit, j'aurais demandé une formation en gestion, commerce, compta, elle m'aurait été accordée d'office. Mais une agréagtion de Philosophie dans notre société ça ne sert à rien : des profs de Philo on n'en a pas besoin, c'est pas avec ça que nos enfants feront une S, et puis quoi cette salariée n'a jamais bossé qu'en tant que commerciale, on a davantage besoin de commerciaux que de philosophes en ce monde, et c'est pas la crise qui fera dire le contraire. Qu'elle reste donc à son poste et remplisse ses fonctions, que celles-ci n'aient aucun rapport avec ses études et que ladite salariée ne prétende qu'au SMIC avec son Bac+5 on s'en contrefout, l'important dans le travail n'étant pas le développement individuel mais plutôt la contribution au système et la productivité : en ce sens une commerciale même nulle est plus rentable qu'une agrégée de Philo.

Les larmes n'arrivaient pas à couler malgré l'intime révolte, malgré la boule énorme dans la gorge, malgré la blessure de l'injustice, non les larmes ne pouvaient pas venir, l'armure inoxydable protégeait mon âme - et déjà mon esprit se mettait à réfléchir à toute vitesse...La machine de guerre était en route, et rien ni personne ne pouvait plus l'arrêter.

Renoncer à la philo maintenant n'est plus possible : j'ai déjà dit oui il y a quelques mois, je ne peux plus faire marche arrière, tout mon être s'y refuse, corps et âme. La philo c'est ma vie, mon sang, ma pensée, mon amour, je l'ai déjà fuie trop longtemps en travaillant par nécessité dans un domaine qui m'éloignait de moi, je ne peux plus le faire. Imaginer ma vie entière faire un travail purement alimentaire est au-dessus de mes forces. Vivre durant un an ou deux (le temps d'avoir l'agreg) totalement dépendante de celui que j'aime financièrement l'est tout autant. Que faire ? Dans les deux cas je renonce à moi-même, à mon identité. La seule solution est donc de préparer l'agreg par mes propres moyens, intellectuels et financiers.

J'ai appelé la fac, ils m'envoient le dossier d'inscription. Il ne sera pas dit que je n'aurais pas tout fait pour Elle : encore une fois les mots de mon prof de Philo de Term résonnent comme des coups de marteau dans ma tête : " Ce que vous donnez à la Philo elle vous le rendra au centuple et même plus."

Et puis il y a le reste, tout le reste. La vie qui déborde de partout, les voix masculines tout autour de moi, le choeur s'est mis à enfler, plus puissant que jamais, ils sont tous là, je ne peux pas reculer, les vivants et les morts, avec tout leur amour, leurs beaux sourires, leur force tranquille, leurs sens en éveil, non je peux pas reculer. Et puis il y en a un, Un Seul, par-delà mes larmes retenues, ma révolte terrible et ma volonté implacable, il y en a Un à qui je rends honneur ici et qui me donne la main en cet instant. Et puis bien sûr il y a Papa là-bas, qui n'en jamais douté.

Je ne tremblerai pas, je ne reculerai pas, je n'hésiterai pas : j'ai dit que je reprenais la philo et que je passerai l'agreg jusqu'à l'avoir, je le ferai. Etre philosophe c'est d'abord savoir qu'un mot est une chose, un acte, une réalité. Chaque mot que je viens d'écrire est un pas de plus vers ce que je désire de tout mon être.

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18 juillet 2009

Amore Sempre

Magdalena_in_her_livingroom_by_AlexanderB

photo : Alexander Bergström

Je me souviens d'un très grand canapé en cuir, noir je crois. Je me souviens de la moquette si profonde qu'on s'enfonçait les pieds dedans, rouge ou grise je ne sais plus, et du bureau tout en verre, j'en ai gardé un amour des tables en verre, aujourd'hui c'est mon bureau qui est en verre mais celui dont je me souviens avait du coûter tellement plus cher.

Je me souviens de Lui.

Je l'aimais y a pas d'autre mot. Après Papa ce fut mon premier amour. C'était son frère, il était tellement beau. Il avait toutes les femmes qu'il voulait, mais c'était surtout un connaisseur, il aimait la beauté, le luxe, tout ce qui est rare et précieux. Il aimait sa famille éperdument surtout. Et il m'aimait moi. Je l'appelais Amour-Toujours, parce qu' entre nous c'était pour l'éternité.

Il me disait que j'étais très belle, j'avais pas 5 ans. Il me disait que je deviendrais une très très belle femme. Il disait aussi que j'aurais tous les hommes que je voudrais...Et comme c'était Lui qui le disait j'étais forcée de le croire, il s'y connaissait tellement bien en femmes. Papa souriait et entre eux deux j'étais déjà la plus heureuse des femmes -enfin des petites filles...Je lui disais que je le voulais Lui. Il me répondait toujours la même chose : je t'attendrai. Je le croyais pas...J'avais tort.

Il m'attend depuis plus de 25 ans déjà. Il est mort quand j'avais 7 ans de plusieurs balles dans la tête, le compagnon d'une maîtresse. Il m'attend avec Papa, aussi quand l'heure viendra j'aurai moins peur je sais : avec Eux je serai toujours la plus belle et la plus heureuse.

Cet été on passera à Milan. Les deux pierres sont côte à côte, noires et lisses, brillantes et majestueuses : je sais qu'il fera très chaud il fait toujours très chaud en été à Milan. Je poserai mes lèvres brûlantes sur le marbre glacé, Papa et Lui. Je pleurerai sûrement.

Je me souviens qu'Ils me tenaient la main tous les deux et que toutes les filles étaient déjà jalouses de moi, je me souviens qu'on a fait des câlins tous les trois dans le canapé en cuir, ils me dévoraient de baisers et moi je riais comme une folle.Je me souviens qu'il me couvrait de cadeaux, comme toutes celles qu'il aimait. Je me souviens de la moquette mais c'est con je sais plus trop si elle était rouge ou grise.

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07 juillet 2009

Wind of change

Sur la plage bondée une jeune fille entre 16 et 18 ans à peine écoute de la musique dans ses écouteurs, elle est très belle, elle est très seule aussi. Les regards des hommes la dévorent ou la caressent, elle les sent mais elle n'y prend pas garde, elle a la tête ailleurs. Les regards des femmes l'envient et essaient de la critiquer, elle n'y prend pas garde non plus car elle est habituée. Son bikini à carreaux vichy bleu lui donne encore plus l'air de Lolita, faut dire qu'elle n'est pas bien grosse, de petits seins, des hanches rondes mais tout de même plutôt étroites, des petites fesses rebondies, de longues jambes, bref un corps qui s'attarde dans l'enfance et qui cependant en est définitivement sorti. Ce qu'elle ignore c'est que des années plus tard, à 20, à 30 ans et plus...et même devenue mère...ce corps de Lolita demeurera intact, telle qu'il est aujourd'hui, sans un gramme de plus ni une trace de cellulite.

Elle écoute Scorpions et derrière ses lunettes noires elle pleure. Elle ne croit pas à l'amour, enfin si, enfin elle sait pas, elle sait plus, elle s'en fout, non elle voudrait s'en foutre.

Mais la guerre viendra. La guerre effacera ses larmes vaines pour ne plus faire couler que son sang. La guerre déchirera son âme en lambeaux, durant de longues années elle ne viendra plus sur cette plage bronzer et draguer, ni écouter de la musique.

Et puis un jour, parce qu'il est vrai que tout recommence et que la vie est la plus forte, la guerre s'achèvera. La très jeune femme, le corps étrangement intact, l'âme enfin sûre, reprendra le chemin de la plage, ses écouteurs sur les oreilles...

Elle n'a pas 30 ans, elle semble si légère et si futile, si belle et si sûre d'elle-même, elle nargue les femmes sur la plage et répond aux sourires masculins de temps en temps, par pur plaisir. Elle sait que l'amour existe mais elle lui laisse la liberté. Elle rêve à ses amants, et sa pensée s'attarde parfois sur l'un. Elle rêve aussi à ses amours. Mais en cet instant c'est à un homme qui ne l'a jamais touchée qu'elle pense, presque mélancolique. Elle aimerait être avec lui sur cette plage.

C'est avec Lui que je pars cet été sur cette plage, parce que l'amour existe, par-delà toutes les guerres - parce que l'amour n'est vraiment lui-même que lorsqu'il est libre.

Je dédie cette chanson à E...Et je fais le pari que dans un peu plus de dix ans, une nouvelle jeune fille, très belle et très fière, viendra bronzer et draguer sur cette plage : notre fille.

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16 juin 2009

Tears, love and rain

VL

photo : Valeria Lazareva

C'est après la vague de chaleur, quand il s'est mis à pleuvoir sans arrêt, quand la terre assoiffée boit à plus en pouvoir, quand je regarde l'eau brouiller le pare-brise et que tu conduis toujours comme il faut, quand ma gorge se serre à la jonction tu sais, entre mon coeur et mon ventre, quand le temps glisse et que j'ai peur tout-à-coup, je me sens une fille comme une autre après tout, je suis si vulnérable, si fragile, juste parce que je t'aime...

Et si chaque jour un peu plus je comprends, chaque jour un peu plus pourquoi c'est toi, si et seulement si c'est bien moi, alors tout va bien n'est-ce pas, la vie continue, comme cette route devant nous, même si j'ai peur des inconnues toi tu sais les résoudre, t'as pas fait une S pour rien, à la base t'es un scientifique hein, je te laisse résoudre alors - moi je pense, moi je formule, moi j'écris.

Il pleut tu vois, je sais la chaleur reviendra, tu m'as dit pas plus tard que demain je te crois, je te crois toujours parce que tu sais tout faire, même transformer la pluie en soleil je te crois, prends-moi dans tes bras en attendant j'ai un peu froid, je me suis pas assez couverte ce matin, mes escarpins sont tous mouillés, faut que je te dise mon rêve, mon fantasme, ma réalité, ma peur...Voilà c'est très simple, c'est tout con. Mon truc quand je suis amoureuse c'est de partager le travail avec celui que j'aime, le labeur quotidien, la peine - parce que pour moi un homme et une femme qui s'aiment c'est pas que le plaisir c'est la peine traversée ensemble aussi, le poids et l'intime fierté qu'on en tire. Mes ex étaient militaires je devais le devenir, et si j'ai pas eu mal de renoncer c'est juste parce que toi tu l'es pas. Pour toi j'ai mis mes maigres compétences commerciales en avant, toute mon expérience professionnelle ridicule, simplement pour être près de toi, partager ce quotidien-là, être ta moitié quoi.

Bientôt je vais m'en aller préparer l'Agreg de Philo. Tu vas peut-être toi aussi changer de cap, quelque chose qui a trait à la personne, je me console en me disant que c'est un peu le même domaine même si ça n'a rien à voir. Il pleut encore tu vois. Et d'abord pourquoi tu veux que je parle ? J'ai peur tu vois bien. En même temps je sais que c'est ma dernière chance pour la Philo et l'enseignement, alors je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l'avoir cette putain d'agreg même si c'est c'est un concours plus dur que l'ENA vu le nombre de candidats et le nombre d'admis, même si j'ai une peur atroce de me casser la gueule en beauté. Mais cette peur-là c'est rien comparée à celle dont je te parle.

Bonnie and Clyde, j'ai toujours fonctionné comme ça moi, en binôme - c'est d'autant plus bizarre parce que dans la vie j'aime surtout la liberté et je déteste le couple fusionnel-collé-deux-en un, mais côté boulot le binôme c'est mon truc.

La nuit est tombée à l'heure où je t'écris, il a cessé de pleuvoir, sauras-tu faire taire mes craintes, sauras-tu me laisser ma place près de toi, sauras-tu me donner la main toujours, parce que même une guerrière a besoin d'un homme à ses côtés - pour partir au front le coeur léger, pour lui offrir ses victoires et pour revenir au pays en chantant. Dis, tu sens l'odeur du mouillé dans la rue, non je pleure pas t'es con...

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10 juin 2009

A mes E(ux)

Joan Baez, Here's to you

C'est l'hiver il fait froid ou bien  c'est le printemps déjà je ne sais plus, mais il y a cette chanson de Joan Baez pendant qu'on se parle, il y a sa voix qui me bouleverse, il y a tes yeux dans mes yeux, si semblables - on a les mêmes. Je savais pas que tu avais plus que quelques mois à vivre.

Hier j'ai été voir mon médecin, celui qui me connaît si bien depuis longtemps, le docteur G., celui qui a diagnostiqué en une seconde mon ulcère et mon hémorragie interne quelques jours après ta mort, celui à qui je fais totalement confiance. Je ne voulais pas lui parler d'autre chose que des symptômes médicaux, après tout il n'est pas psy. Alors que je commençais à les décrire il m'a interrompue : V., dîtes-moi ce qui s'est passé. J'ai regardé mes pieds et j'ai tout balancé.

On t'a insulté, on a osé juger l'éducation que tu m'as donnée, libre et ouverte sur le monde et les autres, on a osé tenter de me museler, moi ta fille, moi qui porte une valeur pour laquelle tu as donné ta vie, la liberté, on a bafoué les valeurs que tu m'as transmises, le respect humain, la tolérance, la connaissance, l'humanisme.  On a voulu me faire taire et comme je me taisais pas on m'a insultée, puis toi.

Voilà Docteur c'est tout.

Ce café n'est pas loin du cabinet du docteur G. Mais depuis il a changé de direction et de décor, est-ce que tu aurais aimé le nouveau ?...Le bon docteur G. m'a calmée, il a tout compris. Il m'a donné un cocktail de vitamines à cause de l'épuisement et un traitement phytothérapique pour la nervosité. Mais l'essentiel de son ordonnance il a pas pu l'écrire : du sport et du sexe. Ah ! Oui il me connaît bien ce bon docteur G !

On parle de Platon, ou bien du dernier film qu'on a vu, ou bien de ma dernière frasque, ou encore de ma copine S., ou encore de Maman, ou de je ne sais quoi. Joan Baez chante et j'ai envie de pleurer, je ne dis rien, je voudrais que ces instants durent toujours. Tu es mon amour, tu es ma liberté, tu es mon exemple, tu es mon guide, tu es ma certitude.

Hier et aujourd'hui, en rentrant du travail, j'ai été courir comme avant, faut croire que mon corps m'attendait bien sagement, j'ai retrouvé tout d'un seul coup, ma puissance, mon endurance, mon plaisir. Pas une seule courbature, les battements réguliers de mon coeur me permettaient de continuer, les gars me regardaient courir, un m'a sifflée, un autre m'a sourit, faut dire que comme j'ai plus de survet j'avais mis un leggings ultra-moulant, j'étais délivrée du mal, tu souriais non loin de moi, assis sur un banc derrière un arbre, je t'ai vu avec ton vieux bouquin Papa, je te vois...

Qu'ils aillent se faire foutre. Je comprends tout ce que tu as souffert, tout ce que tu as affronté, parce qu'en plus tu as vécu une époque encore plus rétrograde que la mienne, alors les ignares comme ceux-ci, dénués de respect humain, plongés dans l'obscurantisme et la suffisance, obnubilés uniquement par le matériel, combien t'as du en affronter. Le problème Papa...c'était pas de les affronter. C'était de savoir qu'ils ont élevé l'homme que j'aime et que ce sont ses parents.

- Pleure pas, mon Amour, il a dit. Tu as été si courageuse. Ton papa est fier de toi. Et moi aussi, car tu as défendu le petit garçon que j'étais et l'homme que je suis devenu à tes côtés.

Dis Papa, c'est toi qui lui a soufflé ces mots à mon homme ?...Non parce que là franchement je suis restée sur le cul. Et je sais un peu plus pourquoi c'est mon homme. Souvent je regrette tant que vous ne vous soyez pas connus. Mais parfois comme aujourd'hui, alors que j'écoute avec lui Joan Baez, j'ai l'intime certitude que vous vous connaissez bien...

A Eric et Edmond, mon coeur à tout jamais.

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24 mai 2009

Le droit de pleurer

IMG_4857

photo : © Ixeo

Mes nuits où tu veilles, ta photo d'identité en noir et blanc dans le petit cadre baroque en argent sur ma table de nuit, il tient au creux de ma main, tu es là.
Mes jours aussi tu veilles.
Mais ça ne suffit pas.

Depuis quelques mois, quelques semaines plus encore, quelques jours si forts, je marche vers toi un peu plus, le sens-tu, oui forcément...Depuis que la lumière m'a éclaté au visage et que j'ai décidé de reprendre la Philo, depuis que j'ai décidé de passer l'Agreg après ces 9 ans de stase, je cours vers toi. ll y a ton sourire car au fond tu n'en as jamais douté - même mes amis n'en ont jamais douté, moi seule j'avais tout enterré et on n'en parle plus, mais non mon destin est toujours là. Il y a ta certitude, ta confiance en moi, inébranlable, plus puissante que tous mes doutes - et derrière toi il y a tous mes hommes, avec leur confiance en moi eux aussi.

Papa je ne sais comment te dire, te remercier de tout ça, toute cette confiance, tout cet amour, tout ce que tu m'as permis d'être, tout ce que tu as permis que je vois dans le regard des hommes, tout ce que beaucoup de femmes cherchent toute leur vie, moi je l'ai depuis toujours, si proche, si tendre, si bon, si sûr, si concret, si évident. La force la maîtrise la puissance. La tendresse la confiance la douceur.

Quand tu es mort j'ai du faire front très vite, j'ai mordu la poussière et j'en ai senti le goût, j'ai senti que si je l'avalais j'allais m'étouffer, il fallait vivre tu comprends, coûte que coûte, c'était trop atroce, trop vide, trop terrible sans toi, j'ai été celle qu'il fallait, celle que la vie exigeait, celle que tu voulais : je me suis relevée. Mais quand ils ont jeté les pelletées de terre sur la boîte en bois, quand les mains pâles ont jeté ensuite sur la terre frâiche les pétales de roses rouges, là tu vois c'était insoutenable, je me suis étranglée, j'ai hurlé, on m'a mis la main devant la bouche, on m'a serrée de toutes parts pour pas que je casse tout, pour pas que j'aille arracher la boîte de la terre et l'ouvrir et me mettre dedans avec toi mon amour de Papa. Alors j'ai ravalé mes larmes qui ne servaient à rien, j'ai tout mis dans la tombe, enfin tout ce qui venait de toi, la Philo, mon nom, mon esprit, et j'ai accepté qu'ils installent la pierre noire dessus.

Aujourd'hui on ne m'empêchera pas de rouvrir le tombeau et de te sortir de là putain. Aujourd'hui je te rejoins, mais pas dans la mort car la mort n'existe pas. Aujourd'hui je te rejoins dans ce qui est éternel et que tu m'as transmis, aujourd'hui on ne m'empêchera plus d'être ta fille et de porter ton nom jusqu'aux étoiles s'il le faut rien que pour te faire sourire. Aujourd'hui il n'y a plus personne entre toi et moi, juste un peu de vide, de non-être...mais Plotin ne m'a-t-il pas appris que le non-être n'est pas ?

Parce que les nuits et les jours ne suffisent pas sans toi, parce que le bonheur, les plaisirs, les rires, les joies, tout ce qui m'est donné c'est vraiment dur sans toi, parce que ça me pèse de pas pouvoir te raconter toutes mes histoires comme avant au café tu te souviens, pour toutes ces raisons je viens vers toi. Et plus rien ni personne, pas même la Camarde, ne pourra m'en empêcher.

Aujourd'hui enfin j'ai le droit de te pleurer.

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12 mai 2009

A little girl in love

Hier midi j'ai déjeuné avec mon patron mon amant, j'ai tenu à l'inviter pour une fois, j'étais fière et je me sentais une petite fille à la fois c'est bizarre, j'ai compris pourquoi on me prend toujours pour son assistante ou sa secrétaire depuis que je travaille avec lui, y a pas que la différence d'âge et le fait que je fais très jeune, c'est pas non plus forcément à cause de mes fringues, lui-même n'est plus en costume-cravate depuis longtemps, je l'ai dévergondé. C'est juste qu'à côté de lui ça crève les yeux qu'il me saute me fait l'amour comme un dieu, enfin je veux dire ça crève les yeux que je suis folle de lui, que je supporte son sale caractère, ses sautes d'humeur, ses terribles gueulantes, et tout le reste qu'aucune commerciale pourrait supporter, juste parce que je l'aime voilà. Et l'inverse aussi crève les yeux : que lui le grand méchant loup, le gros dur, il supporte la petite glandeuse, la syndicaliste, l'irrespectueuse, juste parce qu'il craque pour son petit cul, ses petits seins et ses beaux yeux.

J'ai dit voilà je crois, enfin non je sais...que dans ma pauvre carrière professionnelle si pitoyable, mes années avec toi ici ce furent les plus belles tu sais je t'aime alors merci, et donc voilà si tu veux que je reste je resterai. J'ai encore parlé longtemps sur le sujet et puis je me suis tue.

Il m'a regardée longtemps je voyais bien qu'il était ému lui aussi même s'il le montrait pas et flatté de mes larmes retenues, et fier de ce que je lui offrais disais. Il m'a répondu que mon comportement m'honorait, qu'il me reconnaissait bien là, ma façon de faire les choses proprement et avec dignité. J'en étais confuse. Il m'a dit que je devais suivre ma voie, qu'il pensait en outre que j'étais en mesure d'avoir l'Agreg car je semblais enfin toute dirigée vers mon but et prête à mobiliser toutes mes capacités pour l'obtenir. Et puis il a parlé de Papa. Il m'a dit que tant que je ne réaliserais pas ça, ce chemin que j'avais choisi à 18 ans et peut-être même avant, que j'avais offert à mon père, je ne pourrais jamais me réaliser vraiment au niveau professionnel, comme si cette étape était une condition nécessaire, pas forcément suffisante...mais nécessaire.

J'ai baissé les yeux, comment il a vu ça ?...Il m'a dit aussi que si j'ai l'Agreg on ira déjeuner chez Lapérouse - Papa m'avait invitée chez Lapérouse quand j'ai eu mon Bac, là mes yeux se sont remplis de larmes à nouveau. Lapérouse franchement, je ne pensais plus jamais y aller dans ma vie, et avec tout autre j'aurais refusé de toute façon, mais avec mon amant... mon patron...mon homme...

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photo : Matthews Dols

Quand on est sortis il pleuvait toujours. J'aurais aimé qu'il me prenne dans la salle du back-office en sous-sol comme parfois, peut-être demain, ou une autre fois ?...Le soir en rentrant à la maison mon dossier de  congé de formation m'attendait. Et puis après c'est pas mon mari qu'est rentré c'est mon amant, quand il s'est approché de moi tout mon corps était en émoi, j'étais plus qu'une toute petite chose, la sienne.

J'ai presque fini le Timée de Platon, j'ai repris soft, ensuite va falloir que j'y aille plus fort quand même, j'hésite entre la Monadologie de Leibnitz ou bien carrément un que j'affectionne pas, Hume par exemple...De toutes façons le programme va pas tarder à sortir et j'aurais plus qu'à me le faire. Je flippe quand même beaucoup car cette fois-ci j'ai le droit que de réussir. Mais la phrase de mon prof de Philo de Term me revient sans cesse : "Ce que vous donnez à la Philo elle vous le rendra au centuple et même plus..." et celle de S. mon fidèle ami depuis le lycée, philosophe et agrégé, qu'il a eue la semaine dernière : " J'étais sûr que tu reviendrais un jour à tes premières amours." En fait je crois que je l'ai jamais quitté mon premier amour, parce que c'est aussi le seul.

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