Volcane, chère humaine

L'amour et la guerre. L'eros, pulsion indicible de vie, la mort. Le jeu, les liens, la maîtrise. La liberté. L'enfance et l'innocence des sens. L'érotisme et la grivoiserie. L'image et le modèle.

23 novembre 2009

Coeur de Volcane

Merci à tous pour vos messages de soutien et d'amitié.

Je suis ici à présent, si vous désirez me retrouver...

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06 novembre 2009

This is the End

Tout a une fin en ce monde.

Merci à vous tous.
Je communiquerai dans les jours qui viennent et quand le temps me le permettra, le lien vers mon nouveau site, pour ceux qui voudront bien me suivre...

Désormais, ne reste ici que la trame Essentielle. J'ai Elagué pour mieux voir le ciel.

Volcane

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11 septembre 2009

Septembre

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photo : Ruslan Lobanov

Septembre c'est entre deux temps, deux époques, ça m'a toujours fait ça, l'été qui s'en va et pourtant je m'entête à ne pas porter de collants sous mes robes, je marche jambes nues dans mes bottes ou mes escarpins quitte à frissonner un peu, tout ce que j'accorde à l'automne et au ciel gris c'est un gilet de coton ou mon petit cuir bleu marine. C'est qu'aussi je lui donne déjà tant de moi, mon effervescence, mon impatience, ma joie, celle de la petite fille respirant l'odeur indicible des fournitures scolaires neuves, caressant des doigts les feuilles blanches et vierges des cahiers et feuilletant les livres de classe à recouvrir.

Mon léger hâle des vacances s'en va mais c'est pas grave. J'ai déposé mon dossier d'inscription à la Sorbonne, il me reste encore à faire une demande d'exonération de mes droits universitaires qui sont tout de même de 500 euros - soit la totalité de ma paye du mois d'octobre...qui normalement est uniquement sensée participer au loyer, je sens que je vais devenir excellente en gestion cette année, ça me consolera si j'ai pas l'agreg au bout du compte...

Septembre c'est entre deux saisons, il fait froid et chaud tour à tour, j'ai atrappé une sale crève j'ai eu peur que ce soit la grippe A mais non c'est juste un gros rhume avec otite, je suis toute fiévreuse mais ça m'empêche pas de toujours m'habiller en robe courte. En fait j'aime pas les demi-saisons moi, j'aimerais passer de l'été à l'hiver d'un seul coup. J'ai fini Génération et Corruption d'Aristote, toujours aussi lourd à digérer celui-là et peu séduisant, faut dire que la platonicienne que je suis n'a jamais été sensible à sa pensée, mais bon j'ai quand même réussi à me le faire en profondeur, comme ça au moins ça passera plus facilement en cours.

Septembre c'est entre deux mondes, celui de la commerciale que je quitte et celui de l'étudiante en philo que je retrouve - entre les deux il y a le pont de "notre projet" à mon patron et à moi, mais il est encore en chantier, en échaffaudage, et moi j'adore les chantiers, la construction, alors ça me rend encore plus excitée. Je ne crois pas avoir été une bonne commerciale, parce que je ne pensais pas trop à faire du chiffre, les clients sympas et confiants je les écoutais et les conseillais (une bonne commerciale n'est pas là pour faire du social et time is money, donc il faut passer un minimum de temps avec chaque client), et les clients cons et malpolis je les ignorais ou leur répondais carrément (une bonne commerciale doit rester amène et souriante en toutes circonstances même quand on lui parle avec mépris ou colère). Par contre je crois que je n'ai jamais cessé d'être philosophe. Je ne sais pas si je serai prof de philo un jour, mais je sais que sophia, la belle, l'unique, la seule, guidera toujours mes pas.

Septembre c'est entre deux plaisirs, un souvenir de rêve érotique au petit matin, et un café en terrasse parce que c'est un des derniers.

C'est pour tout ça que j'aime la rentrée.

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28 juillet 2009

Au coeur de la bataille

Les larmes ont fini par couler, de force, en même temps que la colère s'éteignait peu à peu : ne reste plus que la blessure et l'inquiétude de demain. Le noeud s'est resserré.

J'ai décidé de redevenir étudiante et de préparer l'agreg de Philo, d'être fidèle à moi-même, de ne pas me trahir. Seulement je ne sais pas comment je vais vivre. Je passe à un temps partiel et ne toucherai plus que la moitié du SMIC qui ira en totalité payer ma part de loyer. Pour le reste, mes abonnements portable, internet, mes frais personnels, mes déplacements, etc, je n'aurai plus rien. Mon homme se chargera des frais de notre enfant heureusement. Moi je suis seule.

Mais je l'ai voulu n'est-ce pas, c'est mon choix. Je n'avais qu'à renoncer à mon désir, à ma vocation : rester à mon poste de commerciale et me contenter du SMIC toute ma vie avec mon Doctorat, sans m'épanouir dans mon travail. Après tout, j'avais la chance d'avoir du travail hein, j'avais qu'à me lever un peu plus tôt le matin et j'aurais gagné un peu plus que mon SMIC, c'est notre Président qui l'assure.

Je suis une femme qui sait se contenter de ce qu'elle a, j'ai quitté le domicile familial à 19 ans avec 50 F en poche et pas de toît, et j'ai réussi à poursuivre mes études en classes prépa malgré tout et à m'en sortir seule. Mais à présent c'est plus pareil : j'ai plus droit aux bourses d'études, aux aides étudiantes, aux allocs ni à rien, pour la société je suis une femme mariée je n'ai donc qu'à vivre des revenus de mon homme - qui se tue au travail et peut juste payer les factures du foyer, la nourriture et le loyer exorbitant- sans parler de la pension à son ex-épouse.

Je sais me contenter de peu oui, mais je ne peux me contenter de rien du tout. Il faut donc que je trouve l'autre moitié de mon SMIC tout en conservant suffisemment de temps à la prépation intensive du concours, qui est l'un des plus ardus de l'Education Nationale, avec encore moins de reçus que l'ENA. Pour le moment je ne vois que deux possibilités que je livre à mes lecteurs en espérant que certains seront intéressés par les services que je propose, par nécessité certes, mais aussi par amour de l'art et de l'humain.

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photo : J-L Grig

- mes séances photos : c'est toujours un plaisir de poser même si je demande une rémunération par besoin. Photographes professionnels ou amateurs passionnés, consultez mon book pour avoir un aperçu de mon travail.

- je propose un nouveau concept : la photo-coatching, soit une séance photo personnalisée pour modèles amateurs, hommes ou femmes, suivie d'un entretien en vue de retrouver confiance en soi, en son image et en son corps, éventuellement coatching séduction et relooking. Ma formation en Philosophie me permet d'aborder l'individu avec discernement, dans son contexte socio-culturel et familial, et de l'aider à retrouver une image de soi conforme à ce qu'il est. De plus je possède une expérience en Psychanalyse (5 ans d'analyse et 1 an d'exercice en tant que thérapeuthe), en Théâtre (9 ans dont 3 auprès d'acteurs de la Comédie Française) et une gestion du corps dans l'espace et des outils vocaux et gestuels, face à l'autre. Tous les renseignements sont sur mon book photographe.

Voilà, c'est pas un billet tout à fait comme les autres vous me pardonnerez, mais on fait ce qu'on peut pour garder la tête haute quand on en prend plein la gueule. Si finalement je décroche l'agreg, j'en aurai des choses à raconter à mes élèves...sourire

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22 juillet 2009

Etre ou ne pas être

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photo : Joyce Tennesson

Le Fongecif a refusé de financer mon congé de formation. La raison invoquée justifiant le refus est simple : les caractéristiques des autres dossiers correspondaient mieux aux critères et aux priorités définies par cet organisme. Autrement dit, j'aurais demandé une formation en gestion, commerce, compta, elle m'aurait été accordée d'office. Mais une agréagtion de Philosophie dans notre société ça ne sert à rien : des profs de Philo on n'en a pas besoin, c'est pas avec ça que nos enfants feront une S, et puis quoi cette salariée n'a jamais bossé qu'en tant que commerciale, on a davantage besoin de commerciaux que de philosophes en ce monde, et c'est pas la crise qui fera dire le contraire. Qu'elle reste donc à son poste et remplisse ses fonctions, que celles-ci n'aient aucun rapport avec ses études et que ladite salariée ne prétende qu'au SMIC avec son Bac+5 on s'en contrefout, l'important dans le travail n'étant pas le développement individuel mais plutôt la contribution au système et la productivité : en ce sens une commerciale même nulle est plus rentable qu'une agrégée de Philo.

Les larmes n'arrivaient pas à couler malgré l'intime révolte, malgré la boule énorme dans la gorge, malgré la blessure de l'injustice, non les larmes ne pouvaient pas venir, l'armure inoxydable protégeait mon âme - et déjà mon esprit se mettait à réfléchir à toute vitesse...La machine de guerre était en route, et rien ni personne ne pouvait plus l'arrêter.

Renoncer à la philo maintenant n'est plus possible : j'ai déjà dit oui il y a quelques mois, je ne peux plus faire marche arrière, tout mon être s'y refuse, corps et âme. La philo c'est ma vie, mon sang, ma pensée, mon amour, je l'ai déjà fuie trop longtemps en travaillant par nécessité dans un domaine qui m'éloignait de moi, je ne peux plus le faire. Imaginer ma vie entière faire un travail purement alimentaire est au-dessus de mes forces. Vivre durant un an ou deux (le temps d'avoir l'agreg) totalement dépendante de celui que j'aime financièrement l'est tout autant. Que faire ? Dans les deux cas je renonce à moi-même, à mon identité. La seule solution est donc de préparer l'agreg par mes propres moyens, intellectuels et financiers.

J'ai appelé la fac, ils m'envoient le dossier d'inscription. Il ne sera pas dit que je n'aurais pas tout fait pour Elle : encore une fois les mots de mon prof de Philo de Term résonnent comme des coups de marteau dans ma tête : " Ce que vous donnez à la Philo elle vous le rendra au centuple et même plus."

Et puis il y a le reste, tout le reste. La vie qui déborde de partout, les voix masculines tout autour de moi, le choeur s'est mis à enfler, plus puissant que jamais, ils sont tous là, je ne peux pas reculer, les vivants et les morts, avec tout leur amour, leurs beaux sourires, leur force tranquille, leurs sens en éveil, non je peux pas reculer. Et puis il y en a un, Un Seul, par-delà mes larmes retenues, ma révolte terrible et ma volonté implacable, il y en a Un à qui je rends honneur ici et qui me donne la main en cet instant. Et puis bien sûr il y a Papa là-bas, qui n'en jamais douté.

Je ne tremblerai pas, je ne reculerai pas, je n'hésiterai pas : j'ai dit que je reprenais la philo et que je passerai l'agreg jusqu'à l'avoir, je le ferai. Etre philosophe c'est d'abord savoir qu'un mot est une chose, un acte, une réalité. Chaque mot que je viens d'écrire est un pas de plus vers ce que je désire de tout mon être.

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10 juin 2009

A mes E(ux)

Joan Baez, Here's to you

C'est l'hiver il fait froid ou bien  c'est le printemps déjà je ne sais plus, mais il y a cette chanson de Joan Baez pendant qu'on se parle, il y a sa voix qui me bouleverse, il y a tes yeux dans mes yeux, si semblables - on a les mêmes. Je savais pas que tu avais plus que quelques mois à vivre.

Hier j'ai été voir mon médecin, celui qui me connaît si bien depuis longtemps, le docteur G., celui qui a diagnostiqué en une seconde mon ulcère et mon hémorragie interne quelques jours après ta mort, celui à qui je fais totalement confiance. Je ne voulais pas lui parler d'autre chose que des symptômes médicaux, après tout il n'est pas psy. Alors que je commençais à les décrire il m'a interrompue : V., dîtes-moi ce qui s'est passé. J'ai regardé mes pieds et j'ai tout balancé.

On t'a insulté, on a osé juger l'éducation que tu m'as donnée, libre et ouverte sur le monde et les autres, on a osé tenter de me museler, moi ta fille, moi qui porte une valeur pour laquelle tu as donné ta vie, la liberté, on a bafoué les valeurs que tu m'as transmises, le respect humain, la tolérance, la connaissance, l'humanisme.  On a voulu me faire taire et comme je me taisais pas on m'a insultée, puis toi.

Voilà Docteur c'est tout.

Ce café n'est pas loin du cabinet du docteur G. Mais depuis il a changé de direction et de décor, est-ce que tu aurais aimé le nouveau ?...Le bon docteur G. m'a calmée, il a tout compris. Il m'a donné un cocktail de vitamines à cause de l'épuisement et un traitement phytothérapique pour la nervosité. Mais l'essentiel de son ordonnance il a pas pu l'écrire : du sport et du sexe. Ah ! Oui il me connaît bien ce bon docteur G !

On parle de Platon, ou bien du dernier film qu'on a vu, ou bien de ma dernière frasque, ou encore de ma copine S., ou encore de Maman, ou de je ne sais quoi. Joan Baez chante et j'ai envie de pleurer, je ne dis rien, je voudrais que ces instants durent toujours. Tu es mon amour, tu es ma liberté, tu es mon exemple, tu es mon guide, tu es ma certitude.

Hier et aujourd'hui, en rentrant du travail, j'ai été courir comme avant, faut croire que mon corps m'attendait bien sagement, j'ai retrouvé tout d'un seul coup, ma puissance, mon endurance, mon plaisir. Pas une seule courbature, les battements réguliers de mon coeur me permettaient de continuer, les gars me regardaient courir, un m'a sifflée, un autre m'a sourit, faut dire que comme j'ai plus de survet j'avais mis un leggings ultra-moulant, j'étais délivrée du mal, tu souriais non loin de moi, assis sur un banc derrière un arbre, je t'ai vu avec ton vieux bouquin Papa, je te vois...

Qu'ils aillent se faire foutre. Je comprends tout ce que tu as souffert, tout ce que tu as affronté, parce qu'en plus tu as vécu une époque encore plus rétrograde que la mienne, alors les ignares comme ceux-ci, dénués de respect humain, plongés dans l'obscurantisme et la suffisance, obnubilés uniquement par le matériel, combien t'as du en affronter. Le problème Papa...c'était pas de les affronter. C'était de savoir qu'ils ont élevé l'homme que j'aime et que ce sont ses parents.

- Pleure pas, mon Amour, il a dit. Tu as été si courageuse. Ton papa est fier de toi. Et moi aussi, car tu as défendu le petit garçon que j'étais et l'homme que je suis devenu à tes côtés.

Dis Papa, c'est toi qui lui a soufflé ces mots à mon homme ?...Non parce que là franchement je suis restée sur le cul. Et je sais un peu plus pourquoi c'est mon homme. Souvent je regrette tant que vous ne vous soyez pas connus. Mais parfois comme aujourd'hui, alors que j'écoute avec lui Joan Baez, j'ai l'intime certitude que vous vous connaissez bien...

A Eric et Edmond, mon coeur à tout jamais.

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15 mai 2009

Jeunesse lève-toi !

"Ce qui nous fait vieillir ce n'est pas de prendre de l'âge. C'est de déserter notre idéal"

Douglas Mac Arthur (Général américain, 1880-1964, in Normal Instructor & primary plans)

Elle est là, debout et fière, les bras croisés sur sa petite poitrine provocante, la chevelure indisciplinée qu'aucun brushing ne peut lisser, ses boucles folles volent dans le vent, ses yeux très sombres défient du regard, elle est là, elle n'a jamais abandonné, elle ne m'a jamais laissée tomber ma jeunesse. 

On dit de moi que j'ai un corps d'ado, que ni le temps ni mon unique grossesse n'ont entamé, j'en ai toujours été fière mais je me demandais à quoi il servait à part être belle à regarder. Comme ma santé de fer malgré les petits bobos de la vie : fragile en apparence mais très dure et résistante dans le fond, du genre à faire la fête la veille de mon entrée à l'hosto pour mon ulcère quand Papa est mort (résultat une hémorragie interne ok...), ou encore, un mois après mon accouchement, raz-le-bol de faire abstinence, on reprend les grandes manoeuvres, vas-y tu peux y aller à fond, ça va je suis pas en sucre, mais non j'ai pas mal, tu veux de l'aide ?!...

Ce midi je viens de tomber par hasard sur un article dans un gratuit parisien : la jeunesse ça fait peur, c'est mal vu, ça dérange. Je le savais un peu mais pas à ce point, les chiffres sont frappants : les adultes pensent que 80% des jeunes sont mal dans leur peau alors que seulement 32% des jeunes reconnaissent être en difficulté avec leur corps ; et quand 70% se déclarent satisfaits de leur vie, les adultes gambergent ferme, estimant que 27% uniquement des jeunes sont heureux !...L'article conclue que la moitié des Français ont une image négative des jeunes entre 15/25 ans. Je me souviendrai toujours des vieux résidents de notre immeuble bourgeois quand j'ai rejoint mon homme, de leurs regards méprisants sur moi, un pauvre vieux con m'avait même prise pour une étudiante-pute...lol...j'avais pas le droit au bonjour, enceinte on me tenait pas même la porte. J'ai foncé dans le tas, arrogante et méprisante, ma puce à la main pour qu'elle comprenne comment le respect ça se gagne : aujourd'hui ils y vont du "Bonjour Madame, comment-allez-vous, et la petite elle veut des bonbons, attendez je vous tiens la porte Madame c'est la moindre des choses..." De vrais toutous les vieux, matés !

J'ose pas trop y croire à l'Agreg vus les chiffres et puis neuf ans me séparent de mes études. Mais si je l'obtiens ça signifie que j'enseignerai au lycée dans les premiers temps au moins, avant d'enseigner en fac, ça signifie que j'en aurai fini avec ces gros cons qui ne pensent qu'au fric et à la réussite, "les gagnants" de notre cher Président vous savez, j'aurai juste la jeunesse en face de moi, celle que je porte en moi, celle que j'ai jamais quittée...La belle, la révoltée, la fragile, la dure, la désillusionnée, la paumée, la violente, la solitaire, celle qu'on baillonne et qu'on enferme, celle qui fait peur et qui fait mal. Et cette perspective est un pur soulagement, parce que les imbéciles assis sur leur tout petit pouvoir et leur tas de thune, leur situation acquise à force de compromissions multiples, moi ils m'écoeurent - et je les trouve encore plus mal dans leur peau qu'un ado plein de boutons en phase de perdre son pucelage. Eux ça fait un bail qu'ils ont tout perdu, y compris leur âme. La mienne je l'ai jamais perdue, mes addictions étaient là pour veiller sur ma jeunesse : le sexe, l'écriture, la philo, l'anti-capitalisme.

Elle sourit, elle sait que ce sera pas facile, un jour Papa est revenu du lycée bouleversé, il avait évité une balle, une de ses élèves amoureuse de lui et qui s'était interposée l'avait reçue à sa place et était à l'hosto. Elle n'est pas utopiste, les jeunes c'est pas des anges, elle est juste réaliste : un jeune con c'est toujours moins grave et moins gonflant qu'un vieux con. Et puis y a quand même plus de chance qu'il évolue. Elle est heureuse parce qu'elle a enfin gagné : tempus fugit, ok on verra plus tard avec la rose de Ronsard et tout ça, moi je ne parle qu'au présent et j'ai encore tous mes pétales.

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09 avril 2009

Métempsychose

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photo : © Hiro

De la chair à refroidir, chair à prendre, chair à tuer, chair à canon, de la chair à effacer, mon visage se défigure, s'enlarme, l'alarme sonne, les larmes me noient sirène inutile ta sirène inutile beauté, inutile force vive, je suis la chair dans la ligne de mire.

Le corps est le reflet de l'âme je disais encore, je dis encore parce que j'ai si mal mon mâle, mon âme a mal mon corps se désaccorde et ta guitare pleure, mon homme ne t'ai-je offert que ce bouquet de nerfs comme il dit - et n'ai-je jamais, jamais offert que des bouquets de nerfs ?...Dis-moi je t'en prie je t'aime, dis-moi je t'ai offert et je t'offre outre ma chair, ma terre, mon âme, c'est loin si loin, si loin d'ici tu viens, tu dis qu'ils ont craqué, qu'ils sont morts, qu'ils ont explosé en vol...Ma beauté ne sert plus à rien sans toi, de la chair à refroidir, dis-moi que je suis vivante encore, dis-moi que c'est pas l'antichambre de la mort, la chambre froide, c'est avec toi seul que je veux mourir.

J'ai pas pu, ils mourront sans moi comme ils vivent désormais sans moi quelque part, mais toi sur ma peau d'opaline, tu déposes tes lèvres enfin, mais toi c'est autre chose. Ici finit mon voyage ici, cette terre, cette époque, cet homme, cette vie, je n'échouerai pas, je ne te laisserai pas, je t'aime tu sais, ici finit ma métempsychose, il y aura ta guitare, mes mots, nos voix emmêlées, notre fille, et nos bouquets de nerfs...

Sur le Bouquet de nerfs de Noir Désir. Parce que l'an 2002...

La métempsychose est le passage, la descente d'une âme dans un autre corps qu'elle va animer.  Le mot vient du grec métempsycosis (μετεμψύχωσις) qui signifie "déplacement de l'âme" ; le mot paraît chez Diodore de Sicile (X, 6, 1) ; les Grecs disaient : "palingénésie" (παλιγγενεσία), c'est-à-dire "nouvelle naissance", "génèse de nouveau" ; ainsi, pour Pythagore, "ce qui a été renaît" (palin ginetaï) (Porphyre, Vie de Pythagore, § 19). Selon la pensée platonicienne, l'âme ayant achevé son voyage et ses épreuves dans diverses vies, peut enfin accéder à l'Intelligible dont elle est issue.

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10 mars 2009

Dans la tranchée

Il pleut à verse ce matin et sur mon coeur glacé je me suis réveillée dans la nuit comme on se réveille pour partir au combat, je suis prête, je dors toujours avec mes armes à portée de main, mon corps engourdi de sommeil se glisse dans la tenue de combat même si j'ai pas envie, faut y aller.

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photo : © Volcane

J'ai la gorge serrée, sois un homme ma grande, enfin façon de parler, est-ce qu'un jour j'aurai le droit de vraiment me reposer, est-ce qu'un jour ce sera définitivement la paix, est-ce qu'un jour j'aurai fini enfin ma mission, c'est quand que je pourrai arrêter ?...C'est quand j'aurai gagné - ou bien perdu.

J'ai un peu le coeur sur les lèvres, il me faut cependant continuer, sans même savoir l'issue des combats, ni la finalité véritable. J'ai pas choisi ce monde-là mais c'est lui qui m'a choisie faut croire, alors je vais essayer d'être à la hauteur j'ai toujours pensé comme ça, mais la hauteur c'est quoi, la mesure c'est quoi, c'est les euros sur la fiche de paie ou bien c'est les battements de mon coeur, dîtes-moi c'est quoi ?...

Il pleut plus alors que j'écris ces mots, j'écoute Noir Désir, je dois être une perdante malgré les apparences, enfin je sais pas, on m'a toujours dit que j'étais une gagnante mais bon ça se voit ni sur ma fiche de paie ni dans ma façon d'écrire hein, ni même dans ma façon de baiser. Ah si, ça doit se voir dans ma façon de me battre c'est ça, de tenir bien haut la tête, de rester droite même quand j'ai le coeur en lambeaux comme ce matin, ils sont des milliers à me regarder mais y aura-t-il seulement un seul de ceux que j'ai aimés devant ma tombe ?

Combien de temps il me reste encore, j'ai peur de pas finir, et je dois finir avant qu'une balle me fauche, je suis bien trop exposée pour être à l'abri ça je le sais, mais c'est moi qui l'ai choisi.

Le soleil de mars est revenu, timide et froid comme un jeune et beau mec, il s'approche de moi et me demande du feu, je fais quoi ? Il me dit ces mots t'es belle toi, et ses yeux sont pleins de lumière, je sais plus quoi dire, j'ai les yeux pleins de larmes moi la combattante, il me regarde encore et me dit je serai là quand tu partiras, m'oublie pas ma belle, c'est moi qui viendrai te chercher quand t'auras fini.

Il a disparu derrière les nuages et la tranchée, alors seulement là je pleure - il a dit qu'un jour oui, j'aurai fini de me battre.

Sur Gagnants-perdants de Noir Désir, enfin.

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21 février 2009

Rompre le silence

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photo : © Volcane

" Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise " (article 222.22 du Code pénal). Le viol est jugé par la Cour d'assises. Les autres agressions sexuelles sont jugées par le Tribunal correctionnel.

Mon dossier est parti au Tribunal correctionnel. J'avais décidé de me taire ici, mais c'est trop je ne peux plus. Deux nuits à nouveau que je ne dors plus beaucoup. Le souvenir me hante et la pitié mêlée de mépris envers cet individu me ronge. Jeudi, lors de la confrontation au Commissariat de Police, j'ai été la plus digne possible, bien serrée dans mon armure d'acier inoxydable, les faits rien que les faits, ils étaient si lourds qu'ils parlaient d'eux-mêmes. Lui a été minable, s'empêtrant dans ses explications, prétendant que j'avais mal interprêté ses gestes, avouant certains actes puis les niant l'instant d'après, se reprenant dix fois, m'adressant la parole alors que nous n'avions droit à aucun échange. Je ne l'ai pas regardé une seule seconde. Je suis restée assise sur ma chaise, tournée vers le flic, glaciale, je ne voulais pas revoir son visage, sa voix déjà c'était suffisant de l'entendre, une voix de faible, de loque, de lâche. Pas une voix d'homme. Les hommes je les connais bien, je les connais depuis toute petite, j'en connais des tas, avec leurs défauts et leurs qualités. Ben c'est pas ça un homme. Je sais bien que c'est pas ça. Et parce que j'aime tellement le genre masculin, j'ai honte pour cet individu qui traîne son propre sexe dans la boue. C'est dur pour une femme qui aime tant les hommes de porter plainte contre un homme qui a failli à sa nature d'homme, et de tenir bon quand il vous crie ces mots : " Volcane, je te voulais pas de mal ! Je suis un homme quoi !"

Parce qu'un homme c'est un animal peut-être ?...Pire, un robot ? Un homme ça méprise le désir de la femme en face de lui, quand elle lui dit : non, recule, je veux pas que tu tu me touches, quand elle le repousse, un homme ça continue à faire ce qu'il veut ?...Je ne savais pas.

Cet homme a bafoué l'humain et c'est pourquoi j'ai porté plainte. Cet homme n'a pas agi en homme. Cet homme a profité d'une position qu'il pensait être dominante - à savoir lui le photographe (habillé donc) et moi le modèle (nue). Mais jusqu'au dernier instant, je n'ai pas cessé de le dominer grâce à ma conviction, ma réactivité, mon sang-froid. Sans ces qualités que j'ai apprises avec le temps et l'expérience, je sais qu'il aurait profité de moi. Durant six jours qui me parurent si longs, j'ai attendu en vain qu'il revienne vers moi, s'excuse, en homme quoi...Qu'il me dise : je me suis emporté, je ne voulais pas, pardonne-moi. Ce qu'il n'a pas fait. Il s'est évaporé dans la nature. Alors pour défendre mon honneur qui avait été sali, mon corps qu'il avait osé toucher contre mon gré, j'ai porté plainte. C'était en octobre 2008. Nous sommes presqu'en mars 2009, et il a suffi de cette confrontation pour que je replonge dans l'angoisse, cette angoisse sombre et sale qui me tenaillait durant six jours, avant que je dépose la plainte.

J'écris ces mots et je les porte au public, sans nommer personne, sur les conseils d'Elav dont l'amour et le soutien me donnent le courage de poursuivre mes actions. Je le fais pour mon nom, pour mon honneur de femme, pour l'honneur de toutes les femmes qui ont été victimes d'abus sexuels, quel que soit leur âge et la teneur des actes qu'elles ont subis - et qui n'ont pas eu la force de parler, de porter plainte...et qui se sont noyées dans le silence et la honte. J'écris ces mots parce que moi j'ai les moyens de me battre, malgré les nuits blanches et l'angoisse, je suis une femme qui tient debout quoi qu'il arrive, j'ai appris à prendre les coups et à parer, à avancer coûte que coûte. J'écris ces mots parce que j'aime le genre humain et que cet individu a failli à la plus élémentaire humanité. J'écris ces mots parce que j'aime les hommes et que cet individu a bafoué le sexe masculin dans ce qu'il a de plus noble et de plus désirable chez une femme : le courage et la protection envers plus faible que soi. J'ajoute que cet homme pourrait être mon père en âge, et que la pitié en est d'autant plus grande.

Enfin j'écris ces mots parce que je refuse d'être une victime de plus sur la terre. Quelles que soient les épreuves que la vie m'a envoyées, je ne me suis jamais considérée comme telle, c'est pas aujourd'hui, parce qu'un malade incapable de se maîtriser et mêlant le statut de modèle à celui de pute, a osé porter ses mains sur moi, que je vais me regarder comme victime. Je suis une femme d'honneur, une femme qui aime les hommes, les vrais, ceux qui assument leurs désirs et respectent les femmes comme leurs égales, ce qu'elles ont toujours été en droit - malheureusement pas en faits. Je porte ces mots au public afin de m'en libérer, aussi. Je fais confiance en la vérité et en la Justice. 

Val alias Volcane (pseudonyme d'artiste)

PS : Je tiens à remercier personnellement les deux hommes qui m'ont accompagnée jeudi 19 février à la confrontation, et tous mes amis, hommes et femmes, dont j'ai reçu le soutien par sms, mails et téléphone.

Posté par Volcane à 11:41 - Nouvelles du front - Commentaires [33] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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