30 juin 2009
Jusqu'aux étoiles
photo : Dror Baldinger
Elle a ses meilleures amies, trois petites filles qui l'adorent et qui parfois se battent pour lui tenir la main ou s'asseoir à côté d'elle en classe. Elle a ses petits mecs aussi, G. qui est en grande section, un beau petit blond aux cheveux mi-longs - les mamans me demandent à voix basse : alors c'est vrai que Victoire a un amoureux chez les grands ?...Vous le connaissez ? F. qu'elle a rencontré au musée Branly, même style, beau blond aux cheveux mi-longs, il a son âge, c'est à lui qu'elle a roulé une pelle sous mes yeux éberlués mais tellement fiers ; E. qui est dans sa classe, le chouchou des demoiselles qui les fait toutes craquer parce qu'il ressemble encore à un bébé - il paraît que les femmes ont toutes un côté maternel en amour...Y a les ex aussi, B. qu'elle bat froid cette année, A. son premier amour (elle n'avait qu'un an !) parti à Bordeaux à qui elle pense parfois ; y a aussi tous ceux qui lui tournent autour mais à qui elle n'accorde qu'un regard de temps à autre...Bref, ma princesse sait porter sa couronne.
Plus tard elle veut être chanteuse et danseuse, elle s'est promis de faire Star'Ac ou Nouvelle Star ou l'équivalent, en attendant elle compte bien faire les Mini Miss 2010 et remporter la première place, elle ne doute de rien, elle s'appelle pas Victoire pour rien. Elle est belle et elle le sait, elle a bon goût et je peux la laisser choisir ses fringues quand elle sort sans soucis, avec la jupe blanche romantique elle saura toujours qu'on met la veste en jean et pas le gilet rose, avec le leggings violet elle choisira toujours les ballerines et jamais les sandales même si on meurt de chaud. Question dressing aussi elle assure et je suis super fière.
Bien sûr comme toutes les petites filles, elle est un peu capricieuse, en plus c'est sa période d'opposition et c'est avec moi essentiellement qu'elle teste son pouvoir. Du coup on se chamaille grave, on s'engueule comme des charretiers, elle pique une crise de larmes et moi une crise de nerfs, puis finalement, penaudes et ridicules, on se jette dans les bras et on fait un énorme câlin. Le papa regarde de loin et se moque un peu : bon les filles c'est fini ce vacarme ?! Pfffff...ça peut pas comprendre un homme.
Elle dit "philocopie" pour "philosophie" et ça me fait craquer, elle veut venir avec moi au lycée quand je serai prof pour rencontrer "les grands élèves" - putain j'ai intérêt à l'avoir l'agreg, sinon j'existe plus moi...Ses longs cheveux bruns lui arrivent à la taille maintenant, et quand on va chez le coiffeur c'est pour des soins et un brushing, elle les veut jusqu'aux fesses. On va ensemble se faire la manucure, ensuite on fait du shopping.
"Maman t'es tellement belle, j'adore tes petits seins, je veux les mêmes plus tard, tu crois que j'aurai les mêmes, tu sais G. il m'a dit qu'il m'aime, je mets cette robe aujourd'hui mes copines vont être trop jalouses, ce soir Maman on dort ensemble toi et moi, tu sais je t'aime jusqu'aux étoiles..."
Voilà je crois que j'ai rien à ajouter après ça...A part que pour elle les étoiles c'est pas assez, je l'aime jusqu'à l'infini.
12 mars 2009
Du rose au coeur
Je suis en train de me maquiller dans la salle-de-bains, elle choisit sa coiffure, un serre-tête rose brillant. A présent ses cheveux descendent presque jusqu'à sa taille, ils ne sont pas aussi bouclés que les miens, mais ondulent en mèches lisses et soyeuses le long de ses épaules et de son dos, sombres et profonds, la même teinte exactement que moi par contre, c'est sa fierté.
- Maman...On ne peut pas obliger quelqu'un...C'est comme fermer le serre-tête, on ne peut pas.
La houppette de poudre encore à la main, je détourne mon regard du miroir pour la regarder : elle essaie inutilement de former un cercle fermé avec son serre-tête, celui-ci revient toujours en position initiale. Elle répète, ses yeux semblables aux miens pleins de questions.
- On ne peut pas obliger quelqu'un, hein ?...
- Non, tu as raison, on ne peut pas. Normalement...
J'hésite à continuer mais je ne peux pas en rester là, ce serait la laisser dans l'ignorance. Son image est trop belle. Obliger quelqu'un c'est toujours forcer la nature.
- Normalement c'est impossible de forcer quelqu'un à faire ce qu'il ne veut pas faire. Mais tu vois il y a des personnes mauvaises qui cherchent à le faire quand même.
- Ah bon ?...Et comment ils font ? Regarde, le serre-tête revient comme au début...c'est pas possible.
Un sourire amer aux lèvres, je précise :
- Ils attachent le serre-tête, ou bien ils le coupent et le recollent...On peut obliger quelqu'un, soit en lui faisant très mal, soit en le menaçant de le tuer, soit en lui faisant tellement de peine qu'il accepte de faire ce qu'il ne voulait pas faire au début.
Elle se tait...Ses yeux ne reflètent plus que la révolte et la colère. Je poursuis, car il faut vraiment qu'elle comprenne.
- Tu n'aimes pas les légumes : tu sais qu'il y a des parents qui forcent leurs enfants à en manger, qui leur enlèvent toutes les autres nourritures jusqu'à ce qu'ils aient très faim et alors ils sont obligés de manger les légumes. Ou bien ils les frappent.
- Oui je sais...
- Comment forcer une maman à faire quelque chose ?...On lui enlève son petit.
- C'est très méchant !
- il y a des gens qui font ça...Dans les guerres par exemple.
- Mais ici y a pas de guerre hein !
- Non, mais il y a quand même des gens qui font ça...On peut casser le serre-tête tu vois. On peut casser une personne aussi.
Victoire ne dit plus rien cette fois. Elle met simplement son serre-tête, en faisant bien attention de respecter sa courbure, puis lance :
- Si on rencontre des gens comme ça, il faut tout de suite aller voir la Police.
- Oui mon coeur...Tu as raison. Et surtout, tant que c'est possible, ne jamais faire ce qu'on ne veut pas faire.
photo : © Volcane
Quelques heures plus tard, alors qu'elle était à son cours de danse et que je me promenais dans les rues alentours, j'ai vu ceci et j'ai pensé à notre conversation du matin, au serre-tête rose dans ses cheveux sombres, à la révolte dans ses yeux d'enfant, puis à l'intelligence de sa conclusion. J'ai pensé aussi à tous les enfants victimes d'abus de la part d'adultes, à tous les enfants derrière des barreaux, ou mourrant de faim, ou sur des champs de bataille. Le rose brillait dans le soleil cependant, esquisse tremblante d'un rouge flamboyant, le rouge du sang versé pour la Liberté. Et j'ai repensé aussi à cette phrase très juste de mon prof de Philo en Term, pour définir la vraie liberté : être libre ce n'est pas faire ce qu'on veut, c'est vouloir ce que l'on fait.
Je n'ai pas toujours fait tout ce que je voulais. Mais tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, je l'ai toujours vraiment voulu. Aussi je ne regrette rien, pas même d'avoir bravé ma mère qui voulait me forcer à manger des légumes...sourire. Le fait est que j'ai réussi à bouter les légumes hors de mon assiette...et que ma fille, malgré ma (faible) insistance est sur la voie de faire de même. Ah ! si tout était aussi inoffensif que des légumes, me suis-je dit en reprenant ma route.
20 septembre 2008
Le Modèle
Les hommes m'ont donné de la dentelle, des baisers, des perles, des roses que mes mains peuvent à peine contenir. Les femmes m'ont donné que des cailloux tranchants, mes mains et mon coeur en ont saigné maintes fois- à part celles, si rares, que je ne cite pas et que je remercie. En te reconnaissant ma Beauté, je sais que je lève l'édit - j'ai payé et je paie encore le tribut, Toi tu seras libre.
photo : © Volcane
Au creux de mes bras sa tête renversée me sourit, ses longs cheveux de soie me caressent, sa petite bouche au dessin si parfait m'embrasse encore et encore. Maman je t'aime. Tu es belle. J'adore ton rouge à lèvres, et tes habits, ta petite jupe, tes bottes, Maman tu es très belle.
Ma Chérie...C'est toi qui es belle. Ma merveilleuse Etoile. Jamais j'aurais pu penser qu'il y aurait Toi dans mon ciel, Toi ma suprême, Toi mon unique, Toi à qui je peux enfin tout donner.
De toi à moi il y a le Modèle, il y a Elle, il y a la Femme. Celle que je suis devenue par la seule force de mes bras et par l'amour des hommes, celle que j'ai hissée avec eux sur l'estrade, celle qui voulait pas vivre si c'était pour être comme les autres, soumise et malheureuse, frustrée et pitoyable. Celle que j'étais cependant depuis toujours, volontaire et meneuse, insoumise et terrible, et que ma mère à moi avait ensevelie dans l'ignorance de soi. Puissé-je te libérer à jamais des chaînes qui ont failli me coûter la vie. Puisses-tu être la Femme que tu es au fond de toi, en toute liberté et sans effort. C'est toi qui compte, ton enfance, ton avenir, tes désirs. Ce que j'ai jamais eu et qui cependant est si nécessaire à la construction d'une petite âme féminine, le modèle, je te le donne.
Bouleversante étreinte de nos bras attachés, de nos lèvres douces sur le visage l'une de l'autre, de nos caresses au goût de sucre d'orge. Pour toi la femme fatale disparaît, y a plus que la femme-enfant, rieuse et joueuse qui fait des bulles de savon avec toi. Au creux de mes bras il y a Toi, révélant et comblant à la fois l'Absence...Toi petit Modèle.
Alors c'était ça le lien ? C'était ça qui me manquait et que je savais pas ? Et c'est ça qui me rend insupportable et imbuvable pour bien des femmes, ce piedestal comme "elle" disait...où les hommes m'ont mise très vite, respectée, choyée, aimée, et où les femmes m'ont insultée, humiliée, blessée à "sa" suite ? Ce piedestal où j'étais frappée, giflée, défaite - et où j'ai décidé de rester cependant car c'était ma place à jamais, la place du Modèle. Il aurait suffit qu'"elle" me donne la main pour m'aider à y monter...
Donne-moi la main ma Chérie. Je t'ai mis un tapis rouge, pour l'Etoile que tu es rien n'est trop beau. Je t'aiderai à monter moi, parce que je suis ta mère et que je t'aime plus que moi-même !
20 juin 2008
Elle émoi
photo : Alexander Fedoroff
- Maman je ne veux jamais une autre maman que toi.
Cette déclaration elle me la fait souvent, et c'est ma préférée je crois.
Ma Princesse grandit avec grâce et beauté, ma famille paternelle commence à me mettre la pression, je dois l'emmener faire des photos, elle est si belle...et pourquoi pas des castings de mini-miss...A l'institut de beauté qui fait aussi salon de coiffure, où je vais régulièrement, je l'emmène parfois à sa demande réitérée, elle fait sensation, toutes les filles sont en extase devant elle, mon esthéticienne attitrée m'a conseillée elle aussi de l'inscrire dans une agence d'enfants mannequins. Victoire se regarde dans l'immense miroir, ses longs cheveux aux mains de l'assistant du patron en personne, elle lui répète de ne rien couper et surtout pas trop chaud le brushing. C'est qu'elle sait ce qu'elle veut ma Princesse.
L'année scolaire tire sur sa fin. Victoire est à la tête de la petite bande réputée de sa classe, garçons et filles, ils se retrouvent aux anniversaires les uns des autres, ils ont peur d'être séparés l'année prochaine, je les trouve adorables.
Elle est tombée complètement accroc du chanteur de Hyperchild dont j'avais posté " Wonderful life" ici. Elle écoute et regarde le clip chaque jour, pâmée devant le beau mâle blond.
- Je veux ce mec.
Je lui ai expliqué tant bien que mal qu'il devait être bien trop âgé maintenant.
- Alors je veux un mec comme ça. Et je veux que tu me le trouves Maman. Toi tu sais parler aux mecs.
Comment me sortirai-je de cette périlleuse mission, je me le demande.
Elle a de questions et des affirmations de plus en plus hardies qui gêneraient sûrement une autre maman que moi- mais les aurait-elle avec une autre mère ?...
- Maman, pourquoi une chacha c'est fermé ?...demande-t-elle en prenant sa douche.
- Ben...c'est pour la protéger, c'est fragile et sensible une chacha ma puce.
- C'est petit aussi...Et un zizi c'est très gros. Comment il fait pour rentrer ?
Malgré mon ouverture d'esprit, je mets quelques secondes pour réagir.
- Quand tu grandis ta chacha grandit avec toi, comme tes pieds ou tes mains, voyons...Et puis en fait une chacha c'est élastique, ça s'ouvre juste ce qu'il faut pour chaque chose : un doigt, un zizi, un bébé...et après ça redevient petit.
Elle sourit, très satisfaite de mon explication, et aussi très fière.
- C'est génial ça !
En attendant, ma Princesse veut faire un shoot avec moi et s'inscrire à un cours de danse moderne et à un cours de chant. Elle m'a dit qu'elle ferait la Star'Ac. Elle est si belle, elle adore tant la danse et la chanson que je la crois. Mon père était bien le seul à me croire, quand à son âge je disais que plus tard j'écrirais des livres...
Victoire, je ne veux pas d'autre enfant que toi. Tu es mon Unique, resplendissante et merveilleuse petite fille.
19 mars 2008
Née un 19 mars
photo : Christel Ehretsmann
Quatre ans aujourd'hui. Tu es si belle. Tu es ma joie, mon rire, mon enfance, mon sang, ma foi, ma sérénité. Toi seule pouvait réussir la terrible et incroyable entreprise : faire de moi une mère.
Aujourd'hui je n'ai plus peur. Le dernier bastion est tombé il y a tout juste quelques jours. Tu es une fée, y a pas à dire. Je crois en toi, ma Victoire, je ne cesserai jamais de croire en toi, jusqu'à mon dernier souffle - et même quand je serai partie. Je crois en ta beauté parce qu'elle défie tous les canons, je crois en ton intelligence parce que ton esprit est si clair, je crois en ton coeur parce qu'il fait fondre tout ce qu'il touche, je crois en ton pouvoir parce que rien ne te résiste.
Quatre ans que tu es venue au monde, déjà. Je me souviendrai toujours de mon affolement quand j'ai compris que tu voulais naître ce jour-là, que tu allais naître ce jour-là. Et puis, très vite, le calme s'est emparé de moi, un calme mêlé d'une joie sans pareille, la nuit était bien entamée, dans la salle de naissance la sage-femme, l'anesthésiste et l'obstétricien s'affairaient autour de moi, dans quelques instants tu serais là enfin ! Je n'avais plus peur, on était deux à présent...
Je n'ai plus peur des femmes ce soir, Victoire. Tu es ma victoire la plus belle, la plus inimaginable.
La première chose qu'on a vue de toi c'était tes cheveux, aussi sombres que les miens, tu en avais déjà pas mal. Ce sont les mêmes aujourd'hui, je ne les ai jamais coupés, ils descendent jusqu'à ta taille presque à présent.
J'ai eu mal mais c'était pas grand chose finalement, je me suis demandée pourquoi les femmes en font tout un plat de l'accouchement. Je me souviendrai toujours de ton tout petit corps nu sur ma poitrine, et de comment tu t'es mise à téter directement - je suis restée subjuguée par ce geste inné, comment tu savais, comment tu allais faire pour boire, y avait rien, j'en étais sûre...Mes petits seins ne pouvaient certainement pas te nourrir. Tu y as été si fort qu'en vingt-quatre heures j'avais des seins de nourrice et que le lait coulait tout seul...Je me souviendrai de ma terrible poitrine toute ma vie, 95D, j'en revenais pas, je t'ai allaitée un an. Ensuite j'ai retrouvé mon 90B comme si rien ne s'était passé !
Tu n'es plus un bébé, mais une délicieuse enfant, une petite fille, une petite femme. Très vite tu as saisi ta féminité dans ce double miroir - toi et moi. Tu es la seule fille avec qui je partage mes virées de shopping, mon maquillage, mes fringues, mes secrets de beauté. On va ensemble chez le coiffeur, tu parles déjà de m'accompagner chez l'esthéticienne "enlever les petits poils", on fait nos courses sur le net ensemble, ou dans les magasins, on va chercher notre homme le mercredi soir au travail, on lui montre comment on est belles avec nos nouvelles fringues...
Alors c'était ça être maman ! Si j'avais su j'aurais pas tant flippé. Tu m'as prise par la main mon amour, tu m'as entraînée là où aucune ne pouvait le faire, tu m'as rendu tout ce qu'on m'avait volé, tous mes trésors de petite fille cachés au fond de moi - ils étaient là, bien enfouis, faut croire qu'en fait on n'avait pas réussi à me les voler ! Ma fée, ma merveilleuse, ma victorieuse.
Dix ans aujourd'hui. Dix ans que mon papa est parti au ciel. On dirait hier, j'ai pas vu le temps passer. Je sais que c'est lui qui t'a poussée du haut des nuages le 19 mars à 2h29 du matin, pile le même jour et la même heure auxquelles il était parti.
Merci Papa...Ce que tu ne pouvais plus faire pour moi, tu le lui as transmis, et elle l'a fait avec brio. La chaîne invisible, le sang, le regard, elle a tes yeux, mes yeux, je pleure.
- Maman...Je vais demander au bon Dieu que tu ne deviennes pas une vieille dame, jamais. Et que tu meures jamais.
Le pire c'est qu'elle est capable de l'obtenir, ma Victoire, elle peut tout. Papa aussi il pouvait tout. Même transformer mes larmes en rire.
24 janvier 2008
Un ange passe
Note : J'ai eu droit récemment à certains commentaires grossiers et/ou injurieux sur un billet concernant ma fille: leur(s) auteur(s), anonyme(s) bien sûr, n'ont certainement pas compris ma démarche sur ce blog, qui n'a rien à voir avec la pornographie...Mais je pencherais plutôt vers mon intuition devant tant de bassesse: ils l'ont très bien compris et ne cherchent qu'à salir ce qui leur manquera toujours. Ce faisant, sous couvert d'anonymat, ce sont leur être qu'ils salissent un peu plus.
Ma démarche ici est une érotique, dans son sens étymologique : une pensée de l'eros sous toutes ses formes. La sexualité n'en est qu'une, l'amour filial en est une autre, par exemple. Mon e-mail figure sur mon blog, merci de l'utiliser si besoin et de respecter cet espace de liberté. S'il déplaît, autant passer son chemin.
Elle regarde longuement une photo de moi il y a quelques années. Je suis au milieu d'amis pour mon anniversaire, il y a mon frère aussi, elle reconnaît tout de suite Tonton, on est dans un bar-restaurant à l'ambiance festive, il y a des ballons, des cotillons, je ris.
- J'étais pas encore née Maman ?
- Ah non...Je n'habitais pas encore avec Papa, j'avais pas encore fait de câlin avec lui, et donc tu n'étais pas née.
- J'étais au ciel avec le Bon Dieu et les anges ?
- Oui c'est ça...Tu jouais avec les autres petits anges en attendant de venir sur terre.
Elle a laissé la photo et me regarde, songeuse.
- Et ton Papa à toi il était déjà mort ?
- Ben oui.
C'est alors que, simplement, elle m'assène le coup final.
- Alors je le connais déjà ton Papa...Il était avec moi au ciel.
Je me tais...ébranlée, bouleversée. Elle regarde à présent sa photo à lui sur ma table de nuit, juste son visage en médaillon noir et blanc, sérieux et grave.
- J'aurais aimé le connaître ici...
Je ravale mes larmes qui commencent à monter, je souris, je lui dis que moi aussi j'aurais tant aimé, je la console- je me console -en lui disant qu'il veille sur nous. Mais elle n'est pas dupe de mon air bravache, elle me connaît trop ma petite.
- Tu pleures, Maman ?...
Plus tard, dans la soirée, alors qu'elle joue aux Barbies, je surprends son jeu : l'une des Barbies a perdu sa mère ; quand elle veut lui parler elle entre en lévitation et va lui demander conseil : je la vois faire monter la Barbie au ciel et la faire parler à sa mère, une autre Barbie qu'elle tient en hauteur. Puis la fille redescend...
- Tu vois Maman, me dit Victoire, souriante...Sa maman est au ciel et veille sur elle. Faut pas pleurer.
Oui mon ange...C'est sûr, le ciel tu connais, ça fait pas longtemps que tu l'as quitté pour venir m'aimer. Et parmi tous les petits anges, le bon Dieu m'a envoyé le plus merveilleux .
26 novembre 2007
Petits mots d'Elle
photo : Alexander Fedoroff
Elle est assise sur la table de la cuisine pendant que je prépare le repas, grignottant des biscuits apéritifs et sirotant son "cacon" (Coca light). Je m'approche...Elle me caresse doucement le visage, je m'arrête, nos deux regards plongent l'un dans l'autre, de ce même éclat sombre et lumineux, ses deux petites mains sur mes joues c'est tellement délicieux. Et c'est là qu'elle me déclare doucement de sa voix d'ange :
- Maman...Tu es comme une petite fille, toi.
Je souris. Comment elle a vu ça ?...
Je l'aide à s'habiller. La petite culotte et la jupe, c'est elle qui tient à les enfiler seule, signes éminents de sa féminité, et je ne m'en mêle pas sauf incident. C'est alors qu'elle a cette réflexion très pertinente :
- Maman...Un zizi c'est comme un gros doigt en fait !
- Euh...Oui c'est ça ma chérie...Comme un gros doigt.
Le même jour, mais quelques heures plus tard, elle regrettera sincèrement un état de fait.
- Quand je serai une grande fille je pourrai connaître plein de zizis...mais jamais celui de Papa !
J'aurais pu répondre qu'il m'est personnellement réservé, mais bon...je répugne un peu aux relations de rivalité mère/fille. J'ai préféré lui dire que c'est pas grave, elle en connaîtrait de très jolis.
Sa petite robe en velours rose de l'hiver dernier est trop petite, elle n'arrive plus à la fermer. Alors que je la remets consciencieusement sur le cintre, elle m'arrête.
- Non Maman. Il faut la donner à une petite fille qui n'a pas d'habits et qui est dehors sans maison et sans monnaie. Elle sera contente...
J'acquiesse et m'engage à faire un sac d'habits qu'on ne met plus pour les gens qui n'ont pas de maison, de monnaie, ni d'habits.
Je suis en peignoir, je sors de la salle-de-bains, elle m'arrête.
- Tu as des gros seins Maman !
Là j'avoue que je reste très surprise...C'est bien la première fois que j'entends ça ! Je rectifie le tir, soucieuse de la réalité, en bonne philosophe que je suis.
- Mais non ma chérie...Ils sont un peu plus gros que les tiens parce que je suis plus grande. Mais en fait, ils sont assez petits. Est-ce que tu as déjà fait attention aux autres mamans ?...
- Oui...
- Eh bien, il y en a beaucoup qui ont des seins bien plus gros que moi.
Elle réfléchit, un instant plongée dans ses images, confrontations, déductions et pensées. Puis déclare, décidée :
- Moi quand je serai grande, je veux pas des trop gros seins...Je veux comme toi, un peu gros mais pas trop.
Je lui explique qu'il est possible qu'elle me dépasse en tour de poitrine, mais elle n'en démord pas, " des seins un peu gros mais pas trop " !
- Maman, quand je serai grande, je veux toujours être dans la maison avec toi et Papa.
- Mais comment tu feras quand tu auras un chéri ?
- Eh ben, il faudra qu'il trouve une petite maison à côté de notre maison, voilà. Et des fois j'irai chez lui juste pour danser et faire des câlins et tout ça...
Quelle bonne idée...Le gendre dans un studio au-dessus de chez nous. Ma fille qui monte juste pour assouvir ses envies et qui redescend tranquillement manger la pasta chez Papa-Maman...
Allez on s'arrête là pour aujourd'hui.
14 octobre 2007
Enfances
photo : Kim Anderson
Mercredi, notre journée. Notre journée "de filles", rien que nous deux. On traîne dans le lit, elle est venue me rejoindre dès que son père s'est levé, enlacées, ensommeillées, nos cheveux semblables mêlés sur l'oreiller. On se fait un petit dej trop bon, on s'en met partout, on lèche nos doigts. On occupe la salle-de-bains longtemps - le mâle n'est pas là pour nous rappeler à l'ordre, on s'en donne à coeur joie : bain moussant, perles de bain, crème pour le corps, sèche-cheveux, crème hydratante pour le visage, french manucure, huile satinée pour les jambes, eau de toilette, pinces, chouchous et serre-tête...On émerge à 11h30.
J'ai pris l'habitude, la délicieuse habitude de ces moments avec Elle. Moi qui jamais de ma vie n'avais partagé ne serait-ce qu'un vernis à ongle avec une autre fille. Moi qui ne connaissais les frivolités féminines qu'en égoïste - à la rigueur un individu masculin pouvant être invité à y assister.
-Maman, tu es belle !
-Victoire, tu es belle !
Qui est l'écho de qui ? Fusion et confusion, croisement d'enfances, joies féminines du paraître ou l'être se découvre, se révèle. Et pourtant, Elle a son caractère, et elle me le fait bien sentir. J'ai le mien et c'est pas toujours facile...Mais les rares moments d'affrontements nous font rire ensuite : c'est toujours au sujet des fringues. Maman tu mets la petite jupe...Je refuse j'ai froid. Maman je mets le top blanc...Je refuse, on n'est plus en été. Maman je veux pas mettre ces chaussures mais celles-là. Je capitule j'en peux plus. Le soir, elle racontera à son père, mi-sérieuse, mi-rieuse : " Tu sais j'ai fait un gros caprice le matin, je voulais mettre le petit débardeur blanc et Maman voulait pas...". Et nous comparaîtrons devant la justice de l'Homme, qui conclura, sévère : " Vous méritez une bonne fessée toutes les deux !" ce qui ne manque pas de nous faire éclater de rire - et s'ensuivent des poursuites dans l'appartement, elle et moi protégeant nos fesses.
Jamais, je le sais, jamais je n'oublierai la douceur et la complicité de ces après-midi d'automne, où le froid et la nuit s'avancent lentement mais sûrement...Jamais non plus nos visages penchés sur les magazines, toutes deux accroupies dans la papèterie-presse à côté de chez nous, elle hésitant entre Barbie Mag et Disney Princesse, moi entre Isa et Glamour. Ni les croissants, les pains au chocolat ou les brioches à la boulangerie du coin - on s'en met encore partout...Ni les magasins de fringues ou de chaussures quand on décide, vaillantes et tout excitées, d'aller s'acheter quelque chose. Premières fois de ma vie où une "fille" me donne des conseils et me demande les miens : jusqu'à présent, seuls mes amis, mon frère, mon homme, ou autrefois mon père, étaient à mes côtés quand je n'étais pas seule.
Il fait froid...Le soir va pas tarder, Papa non plus, viens ma chérie, on rentre. Oui Maman. Dans l'ascenseur, entre nos paquets, nos manteaux pleins de miettes de croissant, nos mags, la rose rouge qu'on a achetée pour notre homme, et notre bonheur de rentrer chez nous, le même sourire comblé s'attarde sur nos visages. Maman ? Oui ma chérie. Je veux pas une autre maman, je veux toi toujours. Je serai là toujours...Victoire ? Oui Maman. Tu m'aimeras toujours comme ça ? Son sourire devient éclatant, il défie soudain le temps, l'espace, la mort elle-même...Oui Maman. Toujours...Comme toi ton papa.
Je lui laisse le mot de la fin, éperdue, j'ai plus de mots.
18 septembre 2007
Envole-toi
image : Boris Vallejo
Viens mon amour, petite fée...Viens, je sais des hauteurs d'où l'on ne retombe pas. Je sais des ciels dorés et roses comme tu aimes, comme ceux que tu admires par la fenêtre du salon quand tu me cries : " Regarde Mama comme c'est beau !" Je sais où aller quand on est triste, quand on est fatigué, quand on en a marre des cons. Viens, donne-moi ta petite main, mon amour...Tu vas voir. Tu m'as dit que tu veux voler : je vais t'apprendre.
La maîtresse a dit que tu es trop indépendante, que tu refuses d'obéir, que tu frappes le premier enfant qui vient t'ennuyer, que tu mets tes pieds sur la table à la cantine. Tu as même baissé ta jupe et ta culotte en pleine cour de récréation. Et toi ma chérie, tu avais peur que je me fâche quand la nounou m'a raconté ça...Tu baissais la tête. Je t'ai embrassée. J'ai ri. Je t'ai serrée contre moi. Ma princesse. Ma très grande fille. Que je t'aime. Que je suis fière de toi. Eh non je crie pas...Tu as fait fort sur le coup de la culotte tout de même, mais bon...La prochaine fois fais quand même pas pipi dans la cour ça le fera pas. Tu me regardes...On éclate de rires toutes les deux. Dis-moi juste pourquoi tu fais tout ça ma puce ?
Ah. Je comprends...Ils sont tous cons. Et puis la maîtresse te dit même pas que tu es belle quand tu arrives le matin et que tu as pris du temps pour choisir tes vêtements, elle ne te fait pas de câlins. Et le miam-miam à la cantine c'est pas bon, et le garçon tu l'as frappé parce qu'il te cassait les oreilles à brailler...Et c'est que des bébés sauf Benjamin, tous un peu cons, toi tu voulais apprendre à lire.
Regarde-moi...Je vais te dire la vérité moi. Tu es si belle que la maîtresse peut pas te le dire juste à toi. Les pauvres petits seraient tristes qu'elle ne leur dise pas aussi. Des cons y en a toujours beaucoup mon amour. Mais parfois, au milieu, il y a un petit Benjamin...Alors, juste pour ça, il faut faire un effort. Regarde-moi...Si j'avais pas fait d'efforts toutes ces années, est-ce que j'aurais rencontré Papa ? Et crois-moi il était au milieu de beaucoup de cons, tu pourras lui demander. Et puis ce sera moi qui t'apprendrai à lire puisqu'à l'école on n'apprend pas avant 6 ans.
Viens ma toute petite...Je t'apprendrai à lire, à écrire, à s'envoler loin des cons, comme Peter Pan et la fée Clochette. Il suffit juste d'avoir la poussière d'étoiles. J'en ai gardé un peu de quand j'étais petite...Et toi tu en as une réserve, je vais te montrer comment faire. Donne-moi la main...
Attends...Non je pleure pas vraiment. C'est juste que je suis heureuse de toi. Allez, on y va, sinon dans deux minutes c'est moi qui deviendrai con.
Je t'aime.
03 septembre 2007
Mon Elle est rentrée
Elle est prête. Moi peut-être moins, malgré mes efforts pour maîtriser mon émotion. Je ne sais plus trop ce que je fais, avale une gorgée de café, enfile mes chaussures en même temps, mets mon rouge à lèvres avant de finir mon café...Elav nous attend, impeccable et pressé, il enchaîne sur sa journée de travail, alors que j'ai pris un congé pour me consacrer à la rentrée.
Presque une petite fille modèle. Jupe à volants et T.shirt Burburry rose pâle assortis, chaussures noires, cartable rose des princesses Disney, où sourient Blanche-Neige, Belle, et Aurore en médaillons, serre-tête mauve. Elle est impatiente, depuis le temps qu'elle souhaitait aller au "petit travail". Dans la classe ça grouille de partout, parents et enfants, la maîtresse a du mal à être sur tous les fronts, mais ma première impression est bonne la concernant...Victoire joue avec une maison de poupée, je reste un peu avec elle, la salle de classe se remplit, c'est vraiment bruyant. Elle n'a eu aucun état d'âme en envoyant le doudou se promener dans la boîte à doudous, alors que d'autres petits s'accrochent désespérément à leur jouet favori. Idem pour Miss Teuteute, qui est allée se coucher avec ses copines. Un garçonnet tête avec ferveur la sienne.
Puis les parents commencent à s'en aller...Deux, puis trois petits se mettent à hurler. Tous des garçons. Les larmes coulent, la maîtresse a beau les consoler rien n'y fait, un tente même plusieurs fois de s'échapper, l'assistante le rattrappe, il hurle de plus belle et se débat. Victoire les regarde comme s'il s'agissait d'extra-terrestres. Elle me chuchotte : " Regarde les bébés, Mama...Ils sont un peu cons." Je lui répète de ne pas employer ce mot à l'école...mea culpa je le dis trop souvent.
Et puis...son visage un peu fermé tout de même s'éclaire. Elle se lève. Un petit garçon vient d'apparaître avec ses parents. " Mama...c'est lui...C'est Benjamin !" Et me plantant là, renversant quelques jouets au passage, bousculant des enfants, elle accourt vers le petit qui s'écrie : "Victoire !". Je suis soulagée, ma fille a retrouvé un de ses mecs, je peux partir tranquille.
Pour ceux qui s'en souviennent : Victoire était amoureuse de Nono, qui a déménagé l'été 2006 pour Bordeaux, ça a été son premier chagrin d'amour, elle a refusé ensuite de retourner chez leur nounou qui les gardait depuis qu'ils avaient 6 mois. Sa fidélité a duré un an exactement, mots doux envoyés, cadeau d'anniversaire par la poste, téléphone de temps en temps...Et puis le coup de grâce : elle l'attendait cet été, il devait passer quelques jours à Paris. Il n'est pas venu. Victoire a juste dit : " Je l'aimais...". Deux jours plus tard, elle me parlait de "son amour", Louis, rencontré au parc. Puis Louis est parti en vacances...Puis elle aussi. La semaine de notre retour, ma chérie m'annonçait : "Mama j'ai un nouvel amour, c'est Benjamin". Quand on lui demande lequel est le vrai, elle refuse de choisir et dit qu'elle a trois amours. Ma petite a trouvé la meilleure solution sans même que je lui fournisse mes bons conseils...Elle est douée en amour, je sens. Ultime précision : c'est avec Papa qu'elle veut se marier et avoir un bébé, bien sûr...On ne mélange pas les choses !
Nous échangeons un bisou. J'ai du mal à partir, elle agite sa petite main...L'assistante vient de récupérer encore le petit fugueur en larmes, elle n'en peut plus et referme la porte. Je descends les marches, haute et fière comme jamais : ma fille a été parfaite. C'est moi qui ne le suis qu'à-demi...
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