28 juillet 2009
Au coeur de la bataille
Les larmes ont fini par couler, de force, en même temps que la colère s'éteignait peu à peu : ne reste plus que la blessure et l'inquiétude de demain. Le noeud s'est resserré.
J'ai décidé de redevenir étudiante et de préparer l'agreg de Philo, d'être fidèle à moi-même, de ne pas me trahir. Seulement je ne sais pas comment je vais vivre. Je passe à un temps partiel et ne toucherai plus que la moitié du SMIC qui ira en totalité payer ma part de loyer. Pour le reste, mes abonnements portable, internet, mes frais personnels, mes déplacements, etc, je n'aurai plus rien. Mon homme se chargera des frais de notre enfant heureusement. Moi je suis seule.
Mais je l'ai voulu n'est-ce pas, c'est mon choix. Je n'avais qu'à renoncer à mon désir, à ma vocation : rester à mon poste de commerciale et me contenter du SMIC toute ma vie avec mon Doctorat, sans m'épanouir dans mon travail. Après tout, j'avais la chance d'avoir du travail hein, j'avais qu'à me lever un peu plus tôt le matin et j'aurais gagné un peu plus que mon SMIC, c'est notre Président qui l'assure.
Je suis une femme qui sait se contenter de ce qu'elle a, j'ai quitté le domicile familial à 19 ans avec 50 F en poche et pas de toît, et j'ai réussi à poursuivre mes études en classes prépa malgré tout et à m'en sortir seule. Mais à présent c'est plus pareil : j'ai plus droit aux bourses d'études, aux aides étudiantes, aux allocs ni à rien, pour la société je suis une femme mariée je n'ai donc qu'à vivre des revenus de mon homme - qui se tue au travail et peut juste payer les factures du foyer, la nourriture et le loyer exorbitant- sans parler de la pension à son ex-épouse.
Je sais me contenter de peu oui, mais je ne peux me contenter de rien du tout. Il faut donc que je trouve l'autre moitié de mon SMIC tout en conservant suffisemment de temps à la prépation intensive du concours, qui est l'un des plus ardus de l'Education Nationale, avec encore moins de reçus que l'ENA. Pour le moment je ne vois que deux possibilités que je livre à mes lecteurs en espérant que certains seront intéressés par les services que je propose, par nécessité certes, mais aussi par amour de l'art et de l'humain.
photo : J-L Grig
- mes séances photos : c'est toujours un plaisir de poser même si je demande une rémunération par besoin. Photographes professionnels ou amateurs passionnés, consultez mon book pour avoir un aperçu de mon travail.
- je propose un nouveau concept : la photo-coatching, soit une séance photo personnalisée pour modèles amateurs, hommes ou femmes, suivie d'un entretien en vue de retrouver confiance en soi, en son image et en son corps, éventuellement coatching séduction et relooking. Ma formation en Philosophie me permet d'aborder l'individu avec discernement, dans son contexte socio-culturel et familial, et de l'aider à retrouver une image de soi conforme à ce qu'il est. De plus je possède une expérience en Psychanalyse (5 ans d'analyse et 1 an d'exercice en tant que thérapeuthe), en Théâtre (9 ans dont 3 auprès d'acteurs de la Comédie Française) et une gestion du corps dans l'espace et des outils vocaux et gestuels, face à l'autre. Tous les renseignements sont sur mon book photographe.
Voilà, c'est pas un billet tout à fait comme les autres vous me pardonnerez, mais on fait ce qu'on peut pour garder la tête haute quand on en prend plein la gueule. Si finalement je décroche l'agreg, j'en aurai des choses à raconter à mes élèves...sourire
22 juillet 2009
Etre ou ne pas être
photo : Joyce Tennesson
Le Fongecif a refusé de financer mon congé de formation. La raison invoquée justifiant le refus est simple : les caractéristiques des autres dossiers correspondaient mieux aux critères et aux priorités définies par cet organisme. Autrement dit, j'aurais demandé une formation en gestion, commerce, compta, elle m'aurait été accordée d'office. Mais une agréagtion de Philosophie dans notre société ça ne sert à rien : des profs de Philo on n'en a pas besoin, c'est pas avec ça que nos enfants feront une S, et puis quoi cette salariée n'a jamais bossé qu'en tant que commerciale, on a davantage besoin de commerciaux que de philosophes en ce monde, et c'est pas la crise qui fera dire le contraire. Qu'elle reste donc à son poste et remplisse ses fonctions, que celles-ci n'aient aucun rapport avec ses études et que ladite salariée ne prétende qu'au SMIC avec son Bac+5 on s'en contrefout, l'important dans le travail n'étant pas le développement individuel mais plutôt la contribution au système et la productivité : en ce sens une commerciale même nulle est plus rentable qu'une agrégée de Philo.
Les larmes n'arrivaient pas à couler malgré l'intime révolte, malgré la boule énorme dans la gorge, malgré la blessure de l'injustice, non les larmes ne pouvaient pas venir, l'armure inoxydable protégeait mon âme - et déjà mon esprit se mettait à réfléchir à toute vitesse...La machine de guerre était en route, et rien ni personne ne pouvait plus l'arrêter.
Renoncer à la philo maintenant n'est plus possible : j'ai déjà dit oui il y a quelques mois, je ne peux plus faire marche arrière, tout mon être s'y refuse, corps et âme. La philo c'est ma vie, mon sang, ma pensée, mon amour, je l'ai déjà fuie trop longtemps en travaillant par nécessité dans un domaine qui m'éloignait de moi, je ne peux plus le faire. Imaginer ma vie entière faire un travail purement alimentaire est au-dessus de mes forces. Vivre durant un an ou deux (le temps d'avoir l'agreg) totalement dépendante de celui que j'aime financièrement l'est tout autant. Que faire ? Dans les deux cas je renonce à moi-même, à mon identité. La seule solution est donc de préparer l'agreg par mes propres moyens, intellectuels et financiers.
J'ai appelé la fac, ils m'envoient le dossier d'inscription. Il ne sera pas dit que je n'aurais pas tout fait pour Elle : encore une fois les mots de mon prof de Philo de Term résonnent comme des coups de marteau dans ma tête : " Ce que vous donnez à la Philo elle vous le rendra au centuple et même plus."
Et puis il y a le reste, tout le reste. La vie qui déborde de partout, les voix masculines tout autour de moi, le choeur s'est mis à enfler, plus puissant que jamais, ils sont tous là, je ne peux pas reculer, les vivants et les morts, avec tout leur amour, leurs beaux sourires, leur force tranquille, leurs sens en éveil, non je peux pas reculer. Et puis il y en a un, Un Seul, par-delà mes larmes retenues, ma révolte terrible et ma volonté implacable, il y en a Un à qui je rends honneur ici et qui me donne la main en cet instant. Et puis bien sûr il y a Papa là-bas, qui n'en jamais douté.
Je ne tremblerai pas, je ne reculerai pas, je n'hésiterai pas : j'ai dit que je reprenais la philo et que je passerai l'agreg jusqu'à l'avoir, je le ferai. Etre philosophe c'est d'abord savoir qu'un mot est une chose, un acte, une réalité. Chaque mot que je viens d'écrire est un pas de plus vers ce que je désire de tout mon être.
18 juillet 2009
Amore Sempre
photo : Alexander Bergström
Je me souviens d'un très grand canapé en cuir, noir je crois. Je me souviens de la moquette si profonde qu'on s'enfonçait les pieds dedans, rouge ou grise je ne sais plus, et du bureau tout en verre, j'en ai gardé un amour des tables en verre, aujourd'hui c'est mon bureau qui est en verre mais celui dont je me souviens avait du coûter tellement plus cher.
Je me souviens de Lui.
Je l'aimais y a pas d'autre mot. Après Papa ce fut mon premier amour. C'était son frère, il était tellement beau. Il avait toutes les femmes qu'il voulait, mais c'était surtout un connaisseur, il aimait la beauté, le luxe, tout ce qui est rare et précieux. Il aimait sa famille éperdument surtout. Et il m'aimait moi. Je l'appelais Amour-Toujours, parce qu' entre nous c'était pour l'éternité.
Il me disait que j'étais très belle, j'avais pas 5 ans. Il me disait que je deviendrais une très très belle femme. Il disait aussi que j'aurais tous les hommes que je voudrais...Et comme c'était Lui qui le disait j'étais forcée de le croire, il s'y connaissait tellement bien en femmes. Papa souriait et entre eux deux j'étais déjà la plus heureuse des femmes -enfin des petites filles...Je lui disais que je le voulais Lui. Il me répondait toujours la même chose : je t'attendrai. Je le croyais pas...J'avais tort.
Il m'attend depuis plus de 25 ans déjà. Il est mort quand j'avais 7 ans de plusieurs balles dans la tête, le compagnon d'une maîtresse. Il m'attend avec Papa, aussi quand l'heure viendra j'aurai moins peur je sais : avec Eux je serai toujours la plus belle et la plus heureuse.
Cet été on passera à Milan. Les deux pierres sont côte à côte, noires et lisses, brillantes et majestueuses : je sais qu'il fera très chaud il fait toujours très chaud en été à Milan. Je poserai mes lèvres brûlantes sur le marbre glacé, Papa et Lui. Je pleurerai sûrement.
Je me souviens qu'Ils me tenaient la main tous les deux et que toutes les filles étaient déjà jalouses de moi, je me souviens qu'on a fait des câlins tous les trois dans le canapé en cuir, ils me dévoraient de baisers et moi je riais comme une folle.Je me souviens qu'il me couvrait de cadeaux, comme toutes celles qu'il aimait. Je me souviens de la moquette mais c'est con je sais plus trop si elle était rouge ou grise.
07 juillet 2009
Wind of change
Sur la plage bondée une jeune fille entre 16 et 18 ans à peine écoute de la musique dans ses écouteurs, elle est très belle, elle est très seule aussi. Les regards des hommes la dévorent ou la caressent, elle les sent mais elle n'y prend pas garde, elle a la tête ailleurs. Les regards des femmes l'envient et essaient de la critiquer, elle n'y prend pas garde non plus car elle est habituée. Son bikini à carreaux vichy bleu lui donne encore plus l'air de Lolita, faut dire qu'elle n'est pas bien grosse, de petits seins, des hanches rondes mais tout de même plutôt étroites, des petites fesses rebondies, de longues jambes, bref un corps qui s'attarde dans l'enfance et qui cependant en est définitivement sorti. Ce qu'elle ignore c'est que des années plus tard, à 20, à 30 ans et plus...et même devenue mère...ce corps de Lolita demeurera intact, telle qu'il est aujourd'hui, sans un gramme de plus ni une trace de cellulite.
Elle écoute Scorpions et derrière ses lunettes noires elle pleure. Elle ne croit pas à l'amour, enfin si, enfin elle sait pas, elle sait plus, elle s'en fout, non elle voudrait s'en foutre.
Mais la guerre viendra. La guerre effacera ses larmes vaines pour ne plus faire couler que son sang. La guerre déchirera son âme en lambeaux, durant de longues années elle ne viendra plus sur cette plage bronzer et draguer, ni écouter de la musique.
Et puis un jour, parce qu'il est vrai que tout recommence et que la vie est la plus forte, la guerre s'achèvera. La très jeune femme, le corps étrangement intact, l'âme enfin sûre, reprendra le chemin de la plage, ses écouteurs sur les oreilles...
Elle n'a pas 30 ans, elle semble si légère et si futile, si belle et si sûre d'elle-même, elle nargue les femmes sur la plage et répond aux sourires masculins de temps en temps, par pur plaisir. Elle sait que l'amour existe mais elle lui laisse la liberté. Elle rêve à ses amants, et sa pensée s'attarde parfois sur l'un. Elle rêve aussi à ses amours. Mais en cet instant c'est à un homme qui ne l'a jamais touchée qu'elle pense, presque mélancolique. Elle aimerait être avec lui sur cette plage.
C'est avec Lui que je pars cet été sur cette plage, parce que l'amour existe, par-delà toutes les guerres - parce que l'amour n'est vraiment lui-même que lorsqu'il est libre.
Je dédie cette chanson à E...Et je fais le pari que dans un peu plus de dix ans, une nouvelle jeune fille, très belle et très fière, viendra bronzer et draguer sur cette plage : notre fille.
















