10 juin 2009
A mes E(ux)
Joan Baez, Here's to you
C'est l'hiver il fait froid ou bien c'est le printemps déjà je ne sais plus, mais il y a cette chanson de Joan Baez pendant qu'on se parle, il y a sa voix qui me bouleverse, il y a tes yeux dans mes yeux, si semblables - on a les mêmes. Je savais pas que tu avais plus que quelques mois à vivre.
Hier j'ai été voir mon médecin, celui qui me connaît si bien depuis longtemps, le docteur G., celui qui a diagnostiqué en une seconde mon ulcère et mon hémorragie interne quelques jours après ta mort, celui à qui je fais totalement confiance. Je ne voulais pas lui parler d'autre chose que des symptômes médicaux, après tout il n'est pas psy. Alors que je commençais à les décrire il m'a interrompue : V., dîtes-moi ce qui s'est passé. J'ai regardé mes pieds et j'ai tout balancé.
On t'a insulté, on a osé juger l'éducation que tu m'as donnée, libre et ouverte sur le monde et les autres, on a osé tenter de me museler, moi ta fille, moi qui porte une valeur pour laquelle tu as donné ta vie, la liberté, on a bafoué les valeurs que tu m'as transmises, le respect humain, la tolérance, la connaissance, l'humanisme. On a voulu me faire taire et comme je me taisais pas on m'a insultée, puis toi.
Voilà Docteur c'est tout.
Ce café n'est pas loin du cabinet du docteur G. Mais depuis il a changé de direction et de décor, est-ce que tu aurais aimé le nouveau ?...Le bon docteur G. m'a calmée, il a tout compris. Il m'a donné un cocktail de vitamines à cause de l'épuisement et un traitement phytothérapique pour la nervosité. Mais l'essentiel de son ordonnance il a pas pu l'écrire : du sport et du sexe. Ah ! Oui il me connaît bien ce bon docteur G !
On parle de Platon, ou bien du dernier film qu'on a vu, ou bien de ma dernière frasque, ou encore de ma copine S., ou encore de Maman, ou de je ne sais quoi. Joan Baez chante et j'ai envie de pleurer, je ne dis rien, je voudrais que ces instants durent toujours. Tu es mon amour, tu es ma liberté, tu es mon exemple, tu es mon guide, tu es ma certitude.
Hier et aujourd'hui, en rentrant du travail, j'ai été courir comme avant, faut croire que mon corps m'attendait bien sagement, j'ai retrouvé tout d'un seul coup, ma puissance, mon endurance, mon plaisir. Pas une seule courbature, les battements réguliers de mon coeur me permettaient de continuer, les gars me regardaient courir, un m'a sifflée, un autre m'a sourit, faut dire que comme j'ai plus de survet j'avais mis un leggings ultra-moulant, j'étais délivrée du mal, tu souriais non loin de moi, assis sur un banc derrière un arbre, je t'ai vu avec ton vieux bouquin Papa, je te vois...
Qu'ils aillent se faire foutre. Je comprends tout ce que tu as souffert, tout ce que tu as affronté, parce qu'en plus tu as vécu une époque encore plus rétrograde que la mienne, alors les ignares comme ceux-ci, dénués de respect humain, plongés dans l'obscurantisme et la suffisance, obnubilés uniquement par le matériel, combien t'as du en affronter. Le problème Papa...c'était pas de les affronter. C'était de savoir qu'ils ont élevé l'homme que j'aime et que ce sont ses parents.
- Pleure pas, mon Amour, il a dit. Tu as été si courageuse. Ton papa est fier de toi. Et moi aussi, car tu as défendu le petit garçon que j'étais et l'homme que je suis devenu à tes côtés.
Dis Papa, c'est toi qui lui a soufflé ces mots à mon homme ?...Non parce que là franchement je suis restée sur le cul. Et je sais un peu plus pourquoi c'est mon homme. Souvent je regrette tant que vous ne vous soyez pas connus. Mais parfois comme aujourd'hui, alors que j'écoute avec lui Joan Baez, j'ai l'intime certitude que vous vous connaissez bien...
A Eric et Edmond, mon coeur à tout jamais.













