30 août 2008
Lui et mes hommes
" Un chien vous aurait bouffée toute crue !" J'ai reçu cette phrase hier soir d'un de mes lecteurs qui visiblement ne m'a pas toute lue ni vue. Sinon, il aurait su que j'ai pas peur des chiens ni même des bêtes sauvages, j'ai un don pour leur parler. Et puis ça m'a fait mal qu'on compare des hommes à des chiens. Je lui ai répondu que le destin m'avait sans doute protégée, mais que je n'avais eu affaire qu'à des hommes dans ma vie, pas à des chiens. Nuit étrange, où malgré le sommeil qui m'embrassait, quelque chose me tourmentait. Et puis, au petit matin, à l'heure où blanchit le ciel, je fis ce rêve :
image : Luis Royo
Une grande salle toute en pierres. Je suis là, autour de moi il y a tous ceux que j'aime, que j'ai aimés, un soir, un jour, un mois, un an, plus...Il y a mes amants, mes réguliers, mes aventures, mes trois amours, mes confidents, mes frères d'armes, mes compagnons, mes amis, mes professeurs, mes élèves, tous, ils sont tous là au grand complet. De vagues murmures emplissent la salle, moi j'attends, je devine que quelque chose d'inouï va se passer mais je ne sais pas quoi.
Soudain, du fond de la pièce, un rideau blanc qui était passé inaperçu jusqu'ici, s'ouvre. Mon père apparaît, il avance un peu dans la pièce, très peu, comme s'il désirait rester en retrait aussi. Tous les hommes se sont tus. Le silence est fluide, léger, il ne pèse sur personne. Papa regarde l'assemblée, puis me fait signe de le rejoindre. Je me tiens donc debout, à sa gauche je crois. Enfin, sa voix douce et pleine, qui savait rassembler et commander avec humanité, s'élève.
- Que lui avez-vous donné ? demande-t-il.
Alors c'est magnifique. Ils défilent un à un, sans ordre véritable, ni chronologique ni même sentimental, chacun s'arrête tour à tour devant mon père et déclare ce qu'il m'a donné. De la tendresse, de l'écoute, de l'aide, du plaisir, de l'amitié, de l'amour, du respect, de la joie, du rire, du jeu...Mais aussi son corps, son coeur, ses souvenirs, ses rêves, ses projets, ses envies, ses fantasmes, ses espoirs...Mais encore sa force, son courage, son endurance, sa maîtrise, sa résistance...A chacun, Papa serre la main. Ils n'en finissent plus de défiler, c'est drôle je pensais pas connaître autant d'hommes. Il y a même le SDF à qui j'avais offert une bouteille de Bordeaux à Noël, il dit qu'il m'a donné son sourire, il y a mon premier amant qui se rengorge un peu, il y a mon fidèle pote de lycée qui a fait Philo comme moi et qui cherche à expliquer le pourquoi du comment et s'embrouille...Ils sont tous là, pas un ne manque à l'appel.
Il n'y en a plus beaucoup maintenant. Un s'avance en hésitant, il baisse les yeux, on dirait qu'il a honte d'avancer. Je l'ai reconnu tout de suite, le pauvre. Il m'avait fait si mal à l'époque, mais Dieu que je m'étais vengée. Il s'est arrêtée et ne dit rien. Papa le presse : " Que lui as-tu donné ?"
- Des larmes, du sang, du mensonge, de la peine...balbutie l'autre la tête toujours baissée.
- C'est tout ? demande Papa. En es-tu bien sûr ?
Il hésite, il n'ose pas lever encore les yeux. Je ne dis rien, je n'ai pas le droit de parler, c'est à eux de parler. Enfin il lève timidement les yeux et son regard noir rencontre le mien. Son visage s'éclaire un peu. Et c'est d'une voix soudain libérée qu'il répond :
- Son armure !
Mon père lui serre la main et il passe.
Il ne reste plus que mes trois amours. J. s'avance le premier, son beau visage droit et pur est si sérieux, je le reconnais bien, je sens sa concentration, sa transparence totale, le diamant brut qui fut notre amour. Son crâne blond et rasé s'incline très légèrement devant mon père, mais ses yeux gris-bleu comme l'acier ne se baissent pas. Il dit de sa belle voix claire et forte qui me faisait frissonner :
- Mon coeur, mon âme, ma foi, ma vie.
Papa l'embrasse.
V. s'avance déjà, haut et fier, rasé lui aussi, blond lui aussi, toujours aussi impressionnant par sa carrure, toujours aussi séduisant, son regard vert me transpercerait encore...Il déclare d'une voix chaude et sûre :
- Mes rêves de toujours, ma fidélité, mes faiblesses, mon amour, tout mon amour.
Papa l'embrasse aussi.
Enfin, le dernier, Elav est là. Ses beaux cheveux noirs tranchent après le passage de mes ex. Sa démarche souple et noble, son regard pers qui vient de passer du vert au gris en une seconde, sa voix douce, tout me fait fondre. Il dit sans un instant d'hésitation :
- Mon corps et mon âme, le foyer qui nous est cher.
Papa le serre dans ses bras et lui laisse prendre la place à sa droite.
Les rayons du jour transpercent les persiennes, j'ouvre les yeux, je souris...Je suis heureuse, tellement heureuse. Mes lèvres encore chaudes de la nuit balbutient ce mot, unique et pour tous, pour tous mes hommes qui m'ont tant donné, pour Dieu, le destin ou la vie qui l'a permis : merci !
27 août 2008
Il y a une question
...à laquelle je peux pas répondre. Où vont les canards quand il fait trop froid, ça je sais pas. Sur quoi tirent les chasseurs quand ils ont trop bu, je sais pas non plus. Mais le reste...attends...je vais te répondre.
Oui, je pense à toi comme tu penses à moi. Comme on pense au cadeau merveilleux qu'on a reçu.
Oui, je pense à ça aussi souvent que toi - tu sais bien...Et je suis fière, si fière, que ce soit le fondement de notre amour, cette divine coïncidence sexuelle, tu m'affolles, tu me remplis de confusion, tu m'excites comme c'est pas permis, j'ai envie de toi, de tes mains si fortes sur mon petit corps fragile, j'ai envie de ta bestialité, de ta puissance, que tu me défasses, que tu m'inondes de ton essence.
Alors oui, je pense que c'est la bonne cette fois, on s'est pas râtés.
Je crois que oui, j'ai réussi à te faire oublier la conne d'avant moi. Dans la totale différence tu pouvais pas mieux me choisir. Et moi, une de mes particularités c'est que quand on est avec moi on oublie les autres femmes, toutes les autres, ne serait-ce qu'un instant. Alors comme t'as décidé de partager ta vie avec moi, tu l'oublies chaque jour un peu plus quoi...rire.
Oui tu es bien fait pour moi, tellement bien fait...
2000 matins...tu rigoles, ça fait déjà plus que je te supportes.
Si t'es assez bien foutu, mon play boy...ben disons que je t'ai aussi dit oui pour ça !
Se perdre tout d'un coup, tu sais on ne se perd que quand on le veut bien, ou quand l'amour déserte, mais les deux sont liés, et moi je veux pas te perdre.
Le talent t'en as tellement. Quand tu touches ta guitare, quand tu prends le volant, quand tu repeins le salon, je le vois bien ça crève les yeux que t'es un homme de talent, c'est comme quand tu me caresses...Je le savais dès que j'ai regardé tes mains le premier jour, que ce mec était doué en amour.
Rester toujours près de toi je le fais chaque jour et je crois plutôt bien.
Mieux m'aimer que celui d'avant toi ? J'aime pas les comparaisons, tu m'aimes toi et ça me comble.
Mourir dans tes bras c'est comme ça que je voudrais partir.
La jalousie, elle me fait juste sourire.
Quand la rage monte en moi - et Dieu sait que tu es doué pour la faire monter quand tu t'y mets...j'ai pas envie de te descendre mais juste de claquer la porte. Je claque, mais comme j'ai les clés de ton coeur je reviens une demi-heure après.
Mes petites culottes...ben t'en fais ce que tu veux, mais tu te prends pour Napoléon là...ça m'étonne pas de ton ego ni de ta libido mon amour.
Ta bouche : oui j'ai la foi et je croque la pomme, pour une fois ça va de pair.
Voilà je t'ai répondu. Mais il y a ce putain de refrain jamais le même qui me plante à chaque fois sa lame dans le coeur, parce que j'arrive pas à répondre à ces questions idiotes, combien de jours de deuil à la mort de Johnny, je sais pas. Tout ce que je sais c'est qu'il fera jamais trop froid pour les canards chez nous, que les chasseurs ivres tireront dans le vide s'ils nous visent, et que si Johnny y passe ce sera avec sa belle, alors elle aura pas à prendre le deuil.
Sur "Il y a une question" de Cali, un que j'aime.
24 août 2008
Une âme, un corps
photo : © Jeff
Inéluctablement mes pas m'ont menée vers le quartier de mon coeur. Ici je suis à l'abri, ici je serai toujours heureuse, légère et insouciante. Mon quartier des Ministères, noble et solennel, avec son air austère et froid, ma retraite, mon hâvre, mon QG, on ne se refait pas...Il me protège, il veille sur moi. Quand je suis partie il y a plus de six ans, j'ai promis de revenir...En fait je suis jamais partie. Le lien est plus solide qu'une promesse elle-même, le lien est de chair et de sang.
Ici je redeviens celle que je suis, celle que je n'ai jamais cessé d'être, au diable la guerre et les intempéries. Il pleut beaucoup et il fait pas très chaud pour une fin d'août, j'ai rassemblé mes boucles et rabattu ma capuche sur ma tête, sous mon petit blouson kaki je ne porte presque rien, juste un T.shirt très échancré dont les petits boutons devant sont ouverts. Je marche vite.
Ici les commerçants me connaissent, mes bottes à talons claquent sur les pavés, un garçon de café est sorti dehors sous la pluie pour me dire que j'étais belle et que j'avais manqué durant ce mois d'août à sa terrasse...Mon jean est tout mouillé. Pas que mon jean car j'ai des pensées clandestines. Je souris, ça fait tant de bien d'être ici, j'ai chaud de marcher vite.
*
Voilà ça y est.
Ici il y a mes hommes, mes aventures, mes amours. Grands, fiers, solides, ils ne manquent jamais à l'appel. Ou bien c'est moi qui ne manque jamais au leur, enfin c'est pareil.
Ici il y a aussi l'âme de Papa qui veille derrière la vitre des cafés où on allait. Tout à l'heure j'ai cru le voir, il avait levé la tête de son livre et il me souriait...
J'ai été violente, brutale, animale.
Le bus arrive. Je croise des regards masculins, c'est fou, ça me fait toujours ça après, on dirait que c'est écrit sur mon visage ...
17 août 2008
Tempête sur la Volcane
Par où commencer, le vent, la grande voile déchirée, le froid, moi perdue entre jadis et maintenant, par où commencer, les vagues montent toujours plus haut je sais bien que c'est un défi que j'ai relevé, je sais j'aurais peut-être pas du retourner là-bas encore une fois, mais voilà quand j'ai un idéal ou un rêve que je crois réalisable je ne démords pas, je m'accroche.
Accrochée au pont comme une damnée, résistant à la tempête, le visage ruisselant de larmes et de mer, par où commencer si ce n'est que toutes les tempêtes commencent toujours pareil - mais par contre on ne sait pas quand et comment chacune va finir. J'ai perdu ma boussole dès les premières heures. Et cependant, vague conscience ou vieille habitude, mon sixième sens m'a guidée à travers les trous d'eau et la nuit hurlante. Si j'en réchappe je jure que je ferai la fête, boire, manger, baiser, je ferai honneur à tout je le jure - si j'en réchappe.
Le vent s'amuse avec moi, mon pauvre corps malmené, trempé, tremblant de froid, résistera-t-il longtemps, je me souviens qu'autrefois ici je me disais la même chose, je me souviens qu'ici j'ai perdu déjà ma boussole une fois, j'avais 15 ans. Je suis conne, pourquoi je m'obstine à revenir ici, sur ces plages venteuses, ces morceaux de pierre glacés et coupants, Papa n'est plus là pour me protéger et m'emmener à l'hôtel, je n'arriverai donc jamais à aimer cette terre, ces récifs noirs émergeant de la brume, j'ai peur de me noyer, la mer est démontée.
J'ai perdu la notion du temps. Un matin dans le blanc de l'eau et du ciel mêlés, une lueur ineffable a transpercé mon coeur. J'ai supplié mon corps de tenir encore quelques minutes, j'ai donné un grand coup de barre de toutes mes forces, le navire a tremblé sous moi, puis s'est redressé soudain, émergeant des vagues, je me suis vue hurler dans la tempête des ordres, c'étaient les bons faut croire car l'équipage a repris espoir et a obtempéré. Et enfin on a vu le phare, sa lumière était chaude rien qu'à la retrouver, je me suis évanouie.
Il me tient contre lui, il me frictionne le corps avec une grosse serviette, je suis à l'hôtel, il me dit "c'est fini on va rentrer chez nous, tu vas être bien chez toi ma petite bête tu vas voir, c'est fini...j'ai de la chance de t'avoir pour femme...tu es belle, tu es forte."
Voilà ça y est, je suis rentrée chez moi, chez nous. Là on est en train de retaper le navire, il en a pris un sérieux coup en Bretagne, je le savais avant de partir - mais quelque chose me dit au fond de moi, ma petite voix rebelle et provoc, que c'est aussi pour ça que j'ai voulu y aller. J'en profite pour remercier les gars de l'équipage qui étaient là et qui m'ont aidée dans la tempête, j'espère qu'ils se reconnaîtront, et ceux du port qui m'ont recueillie, le patron du bar en particulier...Ah si j'avais pas été si mal en point...sourire. Et mon frangin sans qui cette terre me serait définitivement étrangère : là-bas, il se rit du gros temps, ça fait un moment qu'il l'a apprivoisé, mais bon c'est un peu normal il est de la Marine.
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