Volcane, chère humaine

L'amour et la guerre. L'eros, pulsion indicible de vie, la mort. Le jeu, les liens, la maîtrise. La liberté. L'enfance et l'innocence des sens. L'érotisme et la grivoiserie. L'image et le modèle.

07 juillet 2008

Ma vie je t'aime

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photo :  © Alain Cousin *

Je la vois de loin. Belle et violente, plus puissante que ma douleur. Je la sens. Elle est fraîche comme les lèvres d'un homme un soir d'été, elle est chaude comme le plaisir, elle est d'une force sans égale. J'ai acheté un croissant à la boulangerie, ça fait trois jours que je ne mange pratiquement pas, soudain j'ai envie. J'aime retrouver le goût des choses que j'aime, en même temps on dirait que c'est la première fois que je les goûte. Quelques instants je ne sens plus ma douleur ça me suffit pour comprendre qu'elle est revenue.

Elle se remet à couler dans mes veines, à petites gouttes vives et douces, ça y est je peux ouvrir davantage la bouche, je suis quasiment sûre que d'ici quarante-huit-heures je serai en mesure de faire une bonne fellation, mon oreille gauche me fait encore très mal, qu'à cela ne tienne demain elle aura à faire à mon médecin il saura la calmer. Dans la rue le vent se déchaîne, la pluie m'asperge soudain et le soleil est là en même temps, je finis mon croissant comme je peux en serrant ma capuche sur mes cheveux. Je repense à mes derniers désirs, juste avant ce putain de mal. J'espère qu'ils m'ont attendue. Parce que là, quand je vais revenir, ça va faire mal.

Elle commence à cogner plus fort en moi, mon coeur qui bat, j'ai soif, j'ai trop soif, arrivée à la maison je me jette sur une bouteille d'eau et je bois longuement. Je me sens un peu une bête, la petite bête que je suis et que pas beaucoup savent voir...Je souris toute seule. Elle me sourit aussi dans le miroir, la Vie. Elle se fout un peu de ma gueule aussi: quoi ma pauvre fille, t'as cru que j'allais te laisser là en plan avec ta douleur, que t'en avais fini avec moi ?...C'est mal me connaître. Quand je pense que tu dialoguais tranquille avec Thanatos, et la peur de mourir par-ci, et les nazis par-là...Tu gamberges vite y a pas à dire. Mais ça va, t'as tenu le coup, quand je t'ai vue regarder l'urgentiste à ta façon, j'ai su qu'il était temps que je revienne...

Je souris toujours dans le miroir. Bon, il me plaisait pas vraiment l'urgentiste, mais quoi c'était quand même un mec non ? Et puis il s'est bien occupé de moi, il n'a pas hésité un quart de seconde pour me piquer la gencive, j'ai un faible pour les hommes qui n'hésitent pas. Tiens, d'ailleurs, il m'avait dit que son traitement ferait effet au bout de quarante-huit heures, ça ne fait que trente-cinq heures là, y a pas à dire il était bon.

Elle pousse soudain plus fort en moi, le mal résiste encore mais elle va avoir raison de lui je le sais. J'ai envie de tirer un coup, juste un petit hein, rapide, vite fait bien fait, pas trop fatiguant je suis quand même convalescente...Mais j'ai envie ! Je sauterais de joie comme une enfant tant je suis heureuse. Je regrette presque d'avoir annulé mon shoot de jeudi, mais faut être réaliste aussi : j'ai perdu deux kilos et mes cernes font peur, les photos n'auraient pas été sublimes, c'est le moins qu'on puisse dire, et le photographe mérite mieux qu'un tas d'os au visage creusé. Ce sera pour une autre fois. Je suis sortie sur le balcon avec ma bouteille d'eau, il pleut et il fait soleil encore en même temps, ma jupe est mouillée et colle un peu à mes jambes, je m'aime bien comme ça, ce soir je suis en train de guérir. Ma vie je t'aime.

* celui qui s'est auto-proclamé "le Président de mon fan-club"...Un regard pour mon regard.

Posté par Volcane à 11:05 - Liens intérieurs - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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