05 juillet 2008
Ma chair et mon sang
photo : Armands Grundmanis ( découvert chez Exigeant)
Moi qui maîtrise habituellement la douleur avec endurance et courage, aujourd'hui je suis écrasée, pliée, humiliée. Je lutte cependant avec tout ce qui me reste de force, je prie mon corps de tenir, comme il l'a toujours fait, de se relever rapidement, mais cette nuit les larmes ont inondé mon visage maintes fois sans que je puisse en décider autrement. Et je philosophais hier encore sur la justification du corps...sourire. La vie me donne toujours raison quand je ne suis pas dans l'erreur. Quelle leçon ! Une fois de plus je paye de ma personne, avec ma chair et au prix fort. Mais putain, si c'est pour apprendre encore plus alors j'accepte ! Oui j'accepte.
Une inflamation de la gencive et de tout ce qu'il y a autour, langue, palais, due à un mauvais emplacement de la dent de sagesse inférieure gauche. Le dentiste m'a mise sous antibio hier soir, mais le mal s'est empiré et je ne vais pas mieux du tout. Pire, la douleur est devenue intenable, mordante, déchirante, je ne peux plus ouvrir la bouche, avaler ma salive me cause une souffrance insoutenable, alors je recrache...L'oreille et la mâchoire toute entière ont suivi...J'ai faim et ne peux rien avaler, encore moins mettre en bouche ou mâcher. Un aperçu des joies de la vieillesse...Cette nuit, malgré les antalgiques, codeine etc, je n'ai pu dormir que deux heures. La douleur m'a réveillée, hagarde, nauséeuse, en sueur, fiévreuse...Je ne peux même pas prendre un verre d'eau, mes lèvres commencent à sécher. Seule, je serais allée aux urgences en taxi, mais Victoire est là et j'attends le retour d'Elav pour aviser.
Il m'a dit hier soir : tu sais, les douleurs dentaires sont atroces car ça touche les nerfs...C'est comme ça que les nazis torturaient les juifs, en faisant des trous dans les dents et en triturant dedans. Un haut le coeur m'a révulsée et j'ai avalé ma salive au lieu de cracher. Toute la nuit, douloureuse et fiévreuse, pleurant et me retournant dans mon lit, j'y ai repensé. Je me suis dit qu'il serait peut-être temps de rejoindre mes frères de sang. Pas pour la religion, je déteste toutes les religions. Encore moins pour Celui en qui je crois. Pour eux, pour mon père, pour moi : parce qu'il aurait suffit que je vive quelques années avant pour que...Je m'arrête. Je ne peux pas continuer.
On va peut-être me l'enlever cette dent de sagesse. J'aimerais bien dormir enfin c'est tout. J'ai foi en mon corps, il est fort, il sait quoi faire quand mon âme est égarée de douleur. Pour la première fois, au coeur de la nuit déchirée, j'ai eu peur de mourir : pas pour mon vieil ennemi, Thanatos...Celui-là il ne me fait plus peur depuis longtemps. Pour Victoire. Je suis en train de me dire aussi que Papa a du souffrir ça dans son agonie : la peur de nous laisser à jamais, seuls, sans lui. Tu n'as plus peur maintenant, tu vois que j'assume, tu vois que je peux vivre même sans toi.
Allez, la Générale en a vu d'autres, si le sang qui coule dans mes veines est celui des torturés, il est aussi celui des soldats, celui des militaires qui rapportent des médailles quand ils ne crèvent pas au champ d'honneur. Avec tout ça mon corps ne me lâchera que dans mon dernier souffle, je le sais.
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