14 mai 2008
Rêve en résille
photo : Woman ( Irina)
Ils étaient nombreux, je ne pourrais donner un chiffre, j'étais seule. Nue. Attachée. Enfin, pas vraiment, je portais un de ces collant-combinaison entièrement fait de large résille noire, il quadrillait et sculptait mon corps avec indécence et crudité. Je me sentais bien plus confuse que si j'étais nue, je ne porte jamais ce genre de lingerie habituellement, tout juste parfois des bas ou collants résille, mais le dessin en est beaucoup plus petit et donc moins exubérant et voyant. Je me sentais totalement provocante à mon corps défendant - car je n'avais rien choisi dans cette tenue ni dans cette mise en scène.
La porte de la pièce - un petit salon je crois- était fermée, ces messieurs parlaient à voix feutrée, fumaient et buvaient un whysky, tous très sobres d'apparence, discrets même. Je tentais de les observer mais ce n'était pas facile dans ma position : j'étais allongée par terre au fond de la pièce, à la manière d'une bête captive. Très étrange, vu qu'aucun lien à part cette combinaison de résille que je portais, ne semblait me retenir. Mais il m'était impossible de disposer de mon corps et de mes mouvements selon mon bon vouloir. J'en étais donc réduite à me tortiller sur le sol, à prendre plus ou moins appui sur un meuble afin de m'élever un peu, ou à me dresser sur mes coudes. Qui étaient-ils ? Qu'allaient-ils faire de moi ? Pourquoi m'avait-on habillée de la sorte ? A quelle fin étais-je promise ? Je ne distinguais rien de leur discussion, ils parlaient trop bas.
Soudain, je crus reconnaître la silhouette de l'un d'eux, il me tournait le dos, mais c'était bien sa stature et ses cheveux, ses gestes même : mon amour, Elav...était donc le complice voir l'instigateur de cette scène. J'en fus encore plus troublée, autant j'aurais peut-être pu assumer seule face à ces inconnus, autant sa présence rendait mon état encore plus indécent. Je tentais de me faire oublier, rampant derrière je ne sais quel meuble, quand une voix douce mais ferme me fustigea sur place : la sienne. Je m'immobilisai, comme prise en flagrant délit, telle une petite fille qui attrape un pot de confiture interdit.
- Ma douce V...
Ils s'étaient tous retournés comme un seul homme et leurs yeux me dévoraient, bien qu'ils restassent immobiles et impassibles. Cette fois-ci une véritable honte doublée d'un sentiment de plaisir indicible m'envahit : je me mis à détester et adorer à la fois cette tenue qui me révélait avec exhibition et outrecuidance aux regards de ces hommes.
- J'ai décidé de te faire subir le pire des supplices, ma douce V...reprit-il, sans égard envers mon état de confusion évident.
Je retins mon souffle. Qu'avait-il imaginé ? Quel pacte avait-il conclu avec ces inconnus ?...Enfin après des secondes de silence qui me parurent des heures, la sentence affreuse tomba.
- Tu as tous les pouvoirs, contrairement aux apparences. Choisis celui que tu veux et demande-lui ce que tu veux, il te contentera avec ma bénédiction.
C'était le pire des supplices, oui...Cette fois je baissai la tête, mortifiée, incapable de répondre. Leurs multiples regards pesaient sur moi, je ne pensais même plus à ma combinaison résille tant je me sentais perdue en cet instant. Comment me résoudre à faire un choix ? Même si un ou deux pouvaient me plaire davantage que les autres, c'était impossible, à présent qu'ils m'avaient vue tous...C'était tous ou aucun.
- Eh bien ? Elav attendait ma réponse.
- ...Je ne peux pas...finis-je par jeter dans un souffle.
Je crus qu'il allait m'en choisir un d'office, ou tirer au sort...C'était mal le connaître.
- Bon...Tes désirs sont des ordres mon amour. Ils sont tous à toi.
Je relevai la tête, incrédule. Son regard confirmait les mots que je venais d'entendre. Je tentai de me lever, et comme par magie, j'y parvins, plus aucun lien invisible ne me retenait prisonnière. Une joie immense me pénétrait de partout. La dernière image que j'ai c'est eux, leurs sourires qui répondaient au mien, alors que j'avançais vers eux, confiante et triomphante, heureuse et fière d'être à un homme capable de lire jusque dans mes pensées les plus intimes, et de m'offrir mes rêves...
Il m'a dit que je me suis réveillée ce matin en balbutiant : merci, merci !...
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