06 novembre 2009
This is the End
Tout a une fin en ce monde.
Merci à vous tous.
Je communiquerai dans les jours qui viennent et quand le temps me le permettra, le lien vers mon nouveau site, pour ceux qui voudront bien me suivre...
Désormais, ne reste ici que l'Essentiel.
Volcane
01 novembre 2009
Bad girl
Souvent je fais le rôle de la méchante dans les histoires. Je suis pas un ange - un ange guerrier sinon... pas une douce princesse, pas une gentille.
J'aime le sexe, l'ivresse, la gourmandise, la luxure, la chair. J'aime la nuit noire comme mes yeux où se perdre. J'aime le feu qui consumme mes forfaits.
photo : Zanzib
Halloween pour moi c'est la fête des Morts.
Rire au lieu de pleurer.
Eros contre Thanatos.
Mes pouvoirs d'humaine contre la Camarde.
Est-ce que ça suffit ?
photo : Alexei Nicolaev
Ce matin je me suis levée tard, le ciel est brumeux, j'ai peu dormi. Je me souviens juste d'un pieu énorme qui me défonçait, de deux hommes qui me caressaient, un blond et un brun, très beaux tous les deux, de la chaleur de leurs corps, ou bien c'était celle des flammes je sais plus, j'ai pas trop les idées claires, mon esprit est aussi embrumé que ce matin de novembre, les morts sont bien morts, j'ai toujours mes tombes à fleurir - mais que la vie est belle quand ils vous tiennent la main et protègent vos bêtises ;)
19 octobre 2009
Sophia mon amour
photo : Aneta Bartos
"La philosophie n'est pas une théorie mais une activité."
Ludwig Wittgenstein, Tractacus logico-philosophicus (4.112)
Je sors de cours. Le vent froid balaie mes boucles sur mon visage, je maîtrise mon sourire, ma joie déferlante, mon émotion tangible, je traverse la grande cour pavée de la Sorbonne, ivre de bonheur, osant à peine y croire, simplement heureuse, d'un bonheur aussi profond que mes entrailles elles-mêmes : je me suis retrouvée entièrement.
Autrefois j'étais sélective, capricieuse, boudant certains philosophes sans véritable raison objective, m'attachant surtout à ceux qui savaient me séduire dès les premiers mots...Aujourd'hui je suis autre : ouverte et réceptive à toutes les pensées que je (re)découvre. Certainement parce que j'ai été si longtemps privée de ma substance, frustrée dans mon désir de connaître, grevée de matériel et sevrée bien trop vite de ma sève, la philosophie, la pensée, la recherche scientifique. Aujourd'hui je suis affamée, gourmande, avide.
Il n'y a pas un jour où je ne sorte de cours ainsi, un terrible et triomphant sourire aux lèvres, tout aussi difficilement maîtrisable d'ailleurs que les larmes parfois qui m'inondent le visage, libérant le flot d'amour et de bonheur que j'éprouve à retrouver l'essentiel.
Je ne sais pas si j'aurai l'Agreg de philo, rien n'est moins sûr vu le nombre affolant de candidats et le nombre minuscule d'admis ; vue aussi la somme terrible de connaissances à avaler. Neuf ans d'arrêt est-ce que ça se paye ? Est-ce que ma mémoire va retrouver rapidement les outils, les références, les citations, les pensées qui se croisent et se répondent ?...Mon seul et réel avantage par rapport aux autres candidats que je côtoie c'est mon raisonnement, ma capacité naturelle à créer des catégories, à hiérarchiser et découper la pensée, à synthétiser rapidement ou à analyser, ma clarté de réflexion et ma logique, aiguisés en classes prépa et expérimentées en recherche. Le reste c'est ce que je ne maîtrise pas : les aleas du concours.
Par contre je sais une chose, une seule : c'est que je ne quitterai plus jamais la philosophie, même si toute ma vie je dois trimer en petits boulots, c'est tellement rien du tout comparé à cette joie retrouvée, à cette resaisie de moi entière et totale...Ah si, je sais autre chose aussi : c'est que la réalité dépassera toujours la pensée et le langage, débordera à jamais sur tout ce que je pourrai écrire, Sartre le disait bien, et avant lui tant d'autres...Socrate lui-même l'a dit : je ne sais rien. Mais qu'il est bon de le savoir !
15 octobre 2009
Men or sextoys
photo : John Andresen
J'aime pas les sextoys. Je préfère les vrais vits, les gros braquemards, les membres fiers de mes amis les hommes. J'aime pas ce qui est inerte, figé, prisonnier de la matière, qu'elle soit plastique, silicone, ou latex, vibrante ou siliconée, c'est toujours inerte et sans vie et moi j'aime trop la vie pour ça. J'aime trop le sexe et le partage, et puis j'aime trop les hommes pour leur préférer un simple objet.
C'est ce que j'eus envie de répondre dernièrement à une femme de ma connaissance qui venait de perdre son sextoy, un lapin paraît-il, et qui, se lamentant sur cette perte irréparable, avait décidé de procéder à son inhumation, prenant exemple sur moi qui venais de perdre mon chat et l'avais enterré au cimetière animalier. A vrai dire cette personne m'était quasiment inconnue jusqu'à ce jour étrange où je reçus un mail anonyme me prévenant qu'un article nauséabond avait été écrit pour se moquer de moi, et m'offrant charitablement le lien. Je ne fis qu'une lecture rapide dudit billet, ayant en ce moment à me taper tous les grands philosophes pour l'Agreg, autrement dit d'autres chattes à fouetter. J'en retirais cependant beaucoup de peine - non pas pour moi qui souffre déjà tant de la perte de deux êtres chers etque ces mots d'une inconnue feraient plutôt sourire - mais pour l'auteure malheureuse dudit billet.
Quel malheur en effet de ne pas savoir se servir de ses dix doigts ! Un sextoy ne sera jamais vivant avais-je envie de lui dire, l'enterrement à Villepinte ma chère c'est un peu comme de la vaseline pour une néophyte de la sodomie, ça passe pas alors on met la dose...mais en réalité ça ne sert à rien si on n'aime pas ça. La sodomie faut savoir apprécier c'est pas permis à toutes, faut savoir se détendre et y aller progressivement. Mais on ne pourra jamais jouir par l'anus à coup de vaseline. De même on ne pourra jamais enterrer un objet qui par essence est inerte depuis sa conception. J'avais vraiment beaucoup de peine pour cette femme...J'aurais aimé lui dire d'apprendre à se faire jouir avec autre chose qu'un lapin mort, c'était vraiment trop malsain et moribond à imaginer je vous jure.
J'aime pas les sextoys je vous dis, j'aime que les vraies queues, bien dures et prêtes à l'emploi, question vibration et vitesse on fera jamais mieux, parole de bonne baiseuse devant l'Eternel - puisqu'il s'agit ici de religion...J'ai la religion du sexe masculin moi, je n'aime rien tant que le regarder, fier et droit se lever pour moi, ou mieux le toucher du bout de mes doigts tremblants de désir, ou bien à pleine main pour une branlette du diable je vous dis que ça, ou le top du top, le sentir enfin m'investir, me prendre, me limer, me défoncer, me déchirer de toute sa force et sa raideur...ça c'est de la vie !
Alors voilà désolée de faire encore appel à votre charité chrétienne ou athée, mes amis...lol...mais je crois que cette pauvre femme ayant perdu son lapin mort a demandé comme moi de l'aide pour l'enterrer à Villepinte, alors s'il vous reste quelques sous et si vous avez pitié de son malheur...Quant à moi, je me contente de lui offrir ce billet, toutes mes condoléances et mes voeux de découvrir un jour ce que c'est qu'un homme, un vrai, avec une bite bien amarrée et bien vivante.
Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite et j'en décline par avance toute responsabilité.
11 octobre 2009
Noir et bleu
photo : Aneta Bartos
La dernière fois que j'ai porté du vernis noir j'avais 20 ans, j'ai dit. J'ai retiré mes longues bottes noires puis mon collant noir. Seule ma robe était bleue.
J'étais si seule dans ma solitude malgré la présence des autres, je ne pensais vraiment pas que quiconque pouvait m'y rejoindre, s'aventurer dans la cache sombre de la bête blessée que je suis, sans peur et sans ennui. J'ai souri, un de mes premiers sourires depuis 15 jours. J'aurais aussi bien pu pleurer je crois, cela aurait été tout aussi naturel et il ne s'en serait pas plus formalisé.
Tout était là et avait droit d'être là : ma peine, ma joie de vivre indéracinable aussi, en toile de fond, ma solitude, mon désir, mes questions, la vie quoi. Je me force à rien dans la vie moi. J'étais là et c'était que pour mon plaisir. Enfin non, pas que.
J'oublierai pas ces heures nimbées de bleu, d'un bleu très clair à défier le noir de ma nuit, j'oublierai pas ses gestes non plus, ses mots, mes silences - ni l'apaisement ultime, comme l'ordre tant attendu et enfin revenu, l'ordonnancement naturel et parfait auquel aspirait mon âme égarée de douleur, tout ça d'un seul coup. Ni la douceur ensommeillée d'enfance.
01 octobre 2009
Chère humaine, chère animale...
aquarelle : le Hussard
Elle aimait la musique. Elle était la musique elle-même, l'harmonie, la justesse, la légèreté diaphane des notes invisibles et bouleversantes, je la revois regarder mon Amour jouer de la guitare...Il dit qu'il a perdu sa plus grande fan.
Elle était la lumière et l'ombre à la fois, frêle et sombre silhouette filant dans l'ombre de mes nuits, la transperçant de l'éclat d'or de ses yeux précieux.
J'avais dit que je me tairais, je n'arrive pas à ne pas parler d'Elle.
Tout finit donc toujours comme ça, par un petit tas de terre avec un nom et deux dates ?
Vénus ma petite animale chérie, tu me manques tellement que le soleil de cet automne m'est cruel, insupportable, j'ai beau m'habiller de noir ça ne suffit pas, je t'aime à jamais. Ils ont beau venir cracher sur mes maux, les imbéciles qui ne comprennent pas mon geste et me jugent, je m'en fous tu vois ma Beauté, parce que mon geste c'est juste pour toi et que tu le vaux bien. Ils ont beau vouloir me faire honte, non je n'ai aucune honte d'avoir appelé à l'aide ceux qui m'aiment et ceux qui aiment les bêtes : l'humanité pour moi c'est l'amour entre les hommes en vue d'un progrès universel. Et puisqu'on veut me donner des leçons, commençons par sortir de l'inculture qui fait le terreau des guerres et des injustices : le mot "charité" est la francisation du latin caritas, -atis, signifiant d'abord cherté, puis amour. Cicéron prônait la "caritas generis humani", autrement dit l'amour du genre humain.
Vénus c'était l'amour, la beauté. Mon geste c'est mon amour pour elle. Vos gestes c'est l'amour entre les hommes auquel je n'ai jamais cessé de croire, bien que je ne sois pas chrétienne - et vous me le prouvez encore. Que les âmes chagrines s'éloignent de ces lieux, je veux juste le silence et l'ombre pour pleurer.
27 septembre 2009
La mort de Vénus
Vénus est morte. Mon coeur est écrasé, noyé, étouffé par la douleur. Dehors le soleil brille c'est absurde. Dans ce jour vide d'elle et lumineux où sa petite âme est en train de partir, j'erre et je pleure, plus vide encore que son petit corps mort que j'ai emballé et déposé au balcon en attendant demain, qu'on l'emmène au cimetière.
photo : Victoria Frances
J'erre et je te cherche mon Amour de petit chat, ma Beauté sombre, mon Soleil noir à jamais éteint, j'erre et te cherche désespérément dans chaque pièce de la maison que tu aimais tant, et je finirai bien par te retrouver. Je m'accroche à la lumière cruelle de ce jour, à ce que je sais, à ma foi humiliée, à ma vaine humanité, je m'accroche à tes yeux verts - pour l'instant il n'y a qu'eux qui ne m'ont pas abandonnée, je les vois, je te vois. Je t'ai demandé une faveur, ma déesse, celle de ne pas m'oublier là-haut...Je t'en prie. Un jour je te retrouverai pour toujours et ma main enfin apaisée se perdra dans ta fourrure noire, et mes lèvres tremblantes de joie se poseront sur ta tête si douce. Attends-moi je t'en prie ma Chérie, et surtout viens me voir dès que tu peux, quand tu seras bien installée dans ta nouvelle demeure, il me reste des croquettes, ta litière et la couverture que tu aimais.
A tous ceux qui désirent m'aider
J'ai décidé de faire enterrer le corps de Vénus au cimetière animalier de Villepinte afin d'honorer dignement sa sépulture. L'incinération ne faisant pas partie de ma culture, je ne peux m'y résoudre. Les frais d'inhumation sont onéreux. Comme certains savent, je n'ai plus de salaire actuellement et je ne vis que par mes séances photos, étant redevenue étudiante. Mon frère a proposé de m'aider mais il est au RMI et j'ai des scrupules à accepter. Si parmi vous certains veulent participer aux frais d'inhumation, les tarifs sont consultables sur le site et je peux vous envoyer le détail : à ceux-ci, merci d'avance pour Vénus et contactez-moi par mail ou via ce blog. Je compte sur vous.
* A cette heure je viens d'apprendre la mort de ma grand-mère...la vieille dame éternelle dont j'ai parlé au printemps 2009 et qui aimait tant les chats...J'ai reçu aussi un mail d'une blogueuse qui était dans mes liens trouvant ma démarche "totalement indécente"...L'indécence c'est l'irrespect de l'autre, ce lien a disparu d'ici. Je pense que vous comprendrez pourquoi.
23 septembre 2009
Vénus Beauté
Des vers écrits en 1996, tu n'avais que deux ans ma beauté, ils disaient déjà la puissance indéfectible de notre lien...Je t'en prie ma Vénus, ma perle noire, ma déesse, ne meurs pas ! Je t'ai eue quand je traversais l'enfer, j'en suis revenue avec toi, tu as connu tous mes amants, tous mes amours, tu as accepté mon homme et même ma petite quand elle est née...Reste avec nous, sans toi la maison serait tellement vide je veux pas y penser !...
Ta fourrure frôle ma main
Et déjà
Tu disparais
Tu retournes vers nulle part.
D'où viens-tu
Ô si douce-amère
Créature ?
Dame du Ciel de l'Egypte
Déesse-pharaone aux yeux précieux
Sphynge muette aux ongles longs
Qui font
Des sillons de sang sur la peau.
Qui es-tu ?
Sorcière hurlante sous les flammes
Ta chair calcinée de par les siècles
S'écarte dès qu'on t'approche trop...
Femme en chaleur qui se déchaîne
Persécutée, personnifiée
Diabolisée
Petite Eve non-pécheresse.
Je t'ai nommée déesse
Pour ton immortelle beauté
Pour l'or
De tes yeux, pour tes caresses brèves
Pour tes hurlements de fauve.
Pour ton corps d'ange noir
Pour ton silence nu
Pour ton âme qui brille dans la nuit
Et me parle d'amour
Vénus.
Vénus a aujourd'hui 15 ans, mais elle a toujours sa frêle silhouette de chatte des rues, et la rapidité élastique de sa prime jeunesse...Elle a traversé tant de vies à mes côtés. Dans le silence de ses yeux d'or et d'émeraude, il y a tous mes secrets. Quand elle mourra elle les emportera avec elle. Elle ne mange plus et ne réagit plus depuis 48h, après examen et prise de sang le verdict est tombé : infection virale grave qui détruit ses globules blancs à la vitesse grand V, test sida des chats négatif, traitement antibio et cortisone, si dans deux jours elle ne va pas mieux le pire est à craindre.
20 septembre 2009
20 ans après
photo : John Andresen
Il est un peu en retard c'est rare qu'il soit à l'heure, il s'est levé tard ce matin il paraît. Il fait chaud heureusement que j'ai mis une petite robe, mais je l'attends quand même pour enlever mon cuir, juste pour la beauté du geste. Il est tout bronzé et il a l'air tout content de me revoir. On n'est pas plutôt assis à la terrasse d'un café que c'est reparti comme en 40 sur notre sujet favori : moi les hommes et lui les femmes. Tout en discutant on mate. La nana qui traverse en petite robe moulante a effectivement un beau cul, je concède, mais il conclue un peu dépité qu'elle n'a pas un beau visage, moi j'avais pas été plus loin que les fesses à vrai dire...Le garçon apporte une assiette de charcuterie et une corbeille de pain, on partage tout S. et moi. Sauf le verre de vin, j'aime pas le rouge.
On discute tranquille en jetant de temps à autre un regard amusé sur les deux filles à côté, elles nous regardent d'un drôle d'air, faut dire qu'on ne prend pas de gants pour parler cul, mais c'est une joie pure d'échanger comme ça, on en est au trio et même au quatuor, avec un petit détour sm obligé, puis nous voilà repartis dans nos vieilles connaissances. Ensuite on parle sérieusement du couple, S. a vraiment envie de faire une famille mais c'est pas facile de trouver une femme belle, amoureuse, libertine et qui cherche un mec en même temps...et qui serait d'accord pour conserver la sacro-sainte liberté au sein du couple. Encore une fois je concède que certes c'est pas facile.
Les deux filles à côté sont parties en nous jetant un regard noir, on se marre. Le jambon de pays est trop bon, on redemande du pain. On n'en revient pas d'avoir déjà notre âge, putain ça passe vite le temps, mais d'un autre côté on se sent pas spécialement plus vieux, d'ailleurs on en profite pour se complimenter l'un l'autre. Et puis S. a l'air vraiment heureux que je me remette à la Philo. Du coup ça me donne encore plus envie de devenir sa collègue l'année prochaine, quand je pense qu'il m'a pompé mes cours de Philo de Term de Monsieur B. pour s'en inspirer, et puis il me glisse que ses petites élèves le draguent sur "fessesbook" comme il dit, ça m'amuse trop...Faut vraiment que je l'ai cette putain d'agreg.
C'est déjà l'heure que je m'en aille, je remets mon cuir, et là je réalise qu'en l'enlevant tout à l'heure j'ai même pas calculé, je souris, il me retient un peu, ce we je peux passer vous voir il dit, malheureusement non j'ai déjà un truc de prévu, bon on essaie en octobre après ton retour je dis, on s'embrasse, je cours reprendre le taf je suis en retard du coup. En courant je me souviens du lycée quand on avait 16 ans, des vers de Rilke qu'il m'avait donnés quand on avait 20 ans, de ce fameux anniversaire comment il a fini quand on avait 25 ans...de la photo de mon mariage où il est au milieu de toutes mes copines, de quand il est venu voir ma puce à la clinique quand je venais d'accoucher, et d'une toute petite mini camouflage qu'il m'avait offerte un jour -d'ailleurs je l'ai encore.
Presque 20 ans quoi.
17 septembre 2009
Ton absence
photo © Edmond B.
C'est au creux du coeur là où je fais silence, là où je suis définitivement seule, là où je me serre contre moi-même parce que tu n'es plus là. Cette place immense, infinie, ce creux en moi, cette défaillance de la vie - à moi si vaillante, c'est tout ce qu'il me reste. Et je dois avancer malgré tout, malgré ce nouvel automne sans toi, malgré l'absence de tes grandes mains sur mes mains, malgré le Lalande philosophique si lourd à porter - tant de définitions, de concepts, de vérités, toutes indubitables et certaines, levées comme des lances vers le ciel, je dois apprendre sans toi, je dois me battre sans toi, je dois vivre encore et encore sans toi.
Il m'arrive de rêver un instant que mon rendez-vous au café c'est toi, comme avant, alors celui que je vais y voir en vérité devient flou, tu es là, on parle de tout, à un moment sans avoir mine d'y toucher, tu me demandes discrètement qui est ce type qui nous a dit bonjour tout à l'heure, je souris, oh c'est un vieux copain de lycée, ou bien c'est un ami de passage, ou que sais-je encore, un play-boy qui me plaît bien, alors tu reprends la discussion là où on l'avait laissée, soulagé, confiant, serein, ta petite fille sait ce qu'elle fait.
L'absence n'est douleur que parce que c'est la tienne. Toutes les autres absences me sont viables, faciles même parfois, malgré le manque occasionnel. Je sais si bien jouer avec le manque et la plénitude, ces deux composantes antithétiques de l'Eros que m'a apprises Plotin. Il n'y a qu'avec toi que ça marche pas le jeu, l'attente, l'impatience, le feu, et tout le reste. Parce que je suis déjà toute brûlée vive de ton absence. Parce que je sais qu'elle est irrémédiable, insondable, et que c'est pas encore demain que je te retrouverai.
Je voudrais juste remplir ma mission, faire ce que je dois. Et te l'offrir.
Je voudrais juste retrouver un jour les étoiles innombrables qu'il y avait dans le ciel quand on le regardait tous les deux Papa.
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