Volcane, chère humaine

L'amour et la guerre. L'eros, pulsion indicible de vie, la mort. Le jeu, les liens, la maîtrise. La liberté. L'enfance et l'innocence des sens. L'érotisme et la grivoiserie. L'image et le modèle.

03 juillet 2009

Metallic girl

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photo : Philippe Astori

Elle s'élance vers le ciel, haute et fière, indifférente et nue, superbe et glacée, son corps de métal fait fondre des millions de spectateurs depuis plus de cent ans : devant moi la Dame de Fer veille, silencieuse amie, complice et protectrice de toutes mes vies, de toute ma vie...

Les pelouses du Champ de Mars s'étendent à perte de vue jusqu'à ses pieds, il fait très chaud, je suis assise sur les marches du Monument pour la Paix tout en verre que j'adore, un homme est à côté de moi, le temps a basculé, les aiguilles font marche arrière à la vitesse de l'éclair et je ne suis plus qu'une. A quelques mètres des touristes font des photos bien sûr. J'aime la fraîcheur de ma petite bouteille d'eau que je fais rouler sur mes jambes nues, j'aime aussi le regard de cet homme, et sa voix, et son sourire...Mais mon visage impassible et serein ne dira rien.

Je suis de ces femmes froides en apparence je crois et pas du genre à faire mentir les légendes...Dedans c'est une autre histoire : ceux qui m'ont connue le savent. Enfin voilà pas la peine d'en rajouter, j'aime pas minauder, j'aime pas séduire, j'aime pas les artifices. J'ai jamais eu besoin d'en user d'ailleurs, pour moi la séduction est une chose naturelle qui se passe entre deux personnes qui s'attirent, alors les phrases consacrées, les lieux dits romantiques, les efforts pour plaire, je connais pas. Je ne connais que la puissance indéfectible du désir, celle qui fait fie de toutes contingences, l'heure qu'il est, le lieu où l'on est, et tout ce qui est prévu. Le désir c'est aussi l'imprévisible, ce qui ne peut se laisser circonscrire en un jeu avec des règles, le désir c'est ce qui peut soudain devenir loi lui-même.

Parfois je crains de paraître trop froide, trop dure, sans coeur presque, mais j'ai appris à accepter aussi qu'on en reste là, aux apparences. Après tout, l'autre...Volcane...la femme de chair, de sang, de feu, celle-là mérite bien que la Dame de Fer veille et fasse le tri avant de laisser venir.

L'heure avait passé il était temps que je m'en aille, j'avais pas fini ma bouteille d'eau je l'ai gardée avec moi, un soleil de plomb s'abattait sur Paris en ce début d'après-midi, collant ma robe très courte contre mes jambes, j'ai dit au revoir simplement. La Tour Eiffel a disparu derrière moi, non sans m'avoir fait un clin d'oeil complice. Je n'ai pas de doute.

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30 juin 2009

Jusqu'aux étoiles

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photo : Dror Baldinger

Elle a ses meilleures amies, trois petites filles qui l'adorent et qui parfois se battent pour lui tenir la main ou s'asseoir à côté d'elle en classe. Elle a ses petits mecs aussi, G. qui est en grande section, un beau petit blond aux cheveux mi-longs - les mamans me demandent à voix basse : alors c'est vrai que Victoire a un amoureux chez les grands ?...Vous le connaissez ? F. qu'elle a rencontré au musée Branly, même style, beau blond aux cheveux mi-longs, il a son âge, c'est à lui qu'elle a roulé une pelle sous mes yeux éberlués mais tellement fiers ; E. qui est dans sa classe, le chouchou des demoiselles qui les fait toutes craquer parce qu'il ressemble encore à un bébé - il paraît que les femmes ont toutes un côté maternel en amour...Y a les ex aussi, B. qu'elle bat froid cette année, A. son premier amour (elle n'avait qu'un an !) parti à Bordeaux à qui elle pense parfois ; y a aussi tous ceux qui lui tournent autour mais à qui elle n'accorde qu'un regard de temps à autre...Bref, ma princesse sait porter sa couronne.

Plus tard elle veut être chanteuse et danseuse, elle s'est promis de faire Star'Ac ou Nouvelle Star ou l'équivalent, en attendant elle compte bien faire les Mini Miss 2010 et remporter la première place, elle ne doute de rien, elle s'appelle pas Victoire pour rien. Elle est belle et elle le sait, elle a bon goût et je peux la laisser choisir ses fringues quand elle sort sans soucis, avec la jupe blanche romantique elle saura toujours qu'on met la veste en jean et pas le gilet rose, avec le leggings violet elle choisira toujours les ballerines et jamais les sandales même si on meurt de chaud. Question dressing aussi elle assure et je suis super fière.

Bien sûr comme toutes les petites filles, elle est un peu capricieuse, en plus c'est sa période d'opposition et c'est avec moi essentiellement qu'elle teste son pouvoir. Du coup on se chamaille grave, on s'engueule comme des charretiers, elle pique une crise de larmes et moi une crise de nerfs, puis finalement, penaudes et ridicules, on se jette dans les bras et on fait un énorme câlin. Le papa regarde de loin et se moque un peu : bon les filles c'est fini ce vacarme ?! Pfffff...ça peut pas comprendre un homme.

Elle dit "philocopie" pour "philosophie" et ça me fait craquer, elle veut venir avec moi au lycée quand je serai prof pour rencontrer "les grands élèves" - putain j'ai intérêt à l'avoir l'agreg, sinon j'existe plus moi...Ses longs cheveux bruns lui arrivent à la taille maintenant, et quand on va chez le coiffeur c'est pour des soins et un brushing, elle les veut jusqu'aux fesses. On va ensemble se faire la manucure, ensuite on fait du shopping.

"Maman t'es tellement belle, j'adore tes petits seins, je veux les mêmes plus tard, tu crois que j'aurai les mêmes, tu sais G. il m'a dit qu'il m'aime, je mets cette robe aujourd'hui mes copines vont être trop jalouses, ce soir Maman on dort ensemble toi et moi, tu sais je t'aime jusqu'aux étoiles..."
Voilà je crois que j'ai rien à ajouter après ça...A part que pour elle les étoiles c'est pas assez,  je l'aime jusqu'à l'infini.

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27 juin 2009

Songe d'une nuit d'été

Avant de s'endormir, dans la chaleur de la nuit, presque nue, elle rêve déjà, visages et corps d'hommes, certains si proches d'autres lointains qui le restent ou bien qui s'approchent eux aussi, l'un ou l'autre soudain au premier plan là tout contre elle, est-ce que c'est bien lui, et eux, et lui, et lui ?...Et puis le sommeil a raison de ses visions et l'abat lourdement sur le drap, son corps gît dans la torpeur de l'été, immobile, apaisé, innocent.

Que reste-t-il au matin ? Car c'est toujours au très jeune jour naissant que surviennent les images les plus fortes, les plus vives et les plus érotiques. Il y a celui-ci avec elle qui s'évertue à ouvrir la porte d'une chambre d'hôtel mais qui n'y parvient pas, est-ce qu'ils y entreront finalement, et puis de guerre lasse elle va lui dire tout ce qu'elle lui a jamais dit, elle va le prendre tout contre elle comme elle n'a jamais fait, lui enlever sa chemise, son torse est mouillé de sueur dessous, et elle va presser son beau visage contre lui, et ses gestes lui diront tout ce qu'encore une fois elle n'osera pas dire. Effusion des sens, innocente jusqu'au bout, car c'est lui une fois de plus qui la prendra là à l'étage entre deux portes, tant pis ils n'attendront pas de pénétrer dans la chambre puisque la porte doit demeurer fermée.

Voilà c'est le matin, il fait toujours chaud. 

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photo : Yuri Bonder

Quelque chose a changé, le temps a avancé, et cependant je renoue le fil invisible de l'éternité - l'ai-je jamais dénoué en fait... Michael Jackson est mort hier, le monde et moi l'avons appris ce matin et soudain les autocollants à son effigie sur nos classeurs d'écoliers se sont détachés tous seuls. Le programme de l'agreg de Philo est sorti, hier aussi, la notion cette année sera l'expérience, Hume m'a porté chance. Pour le reste du programme c'est mitigé, certains auteurs me plaisent, d'autres moins mais là n'est pas la question.

Cet aprem dans la rue en allant au travail, noyée sous la déferlante de la conscience que Hume venait de soulever en une formidable aporie, j'ai pleuré, je revenais de Gibert où j'ai acheté la moitié des oeuvres au programme, ça pesait lourd, le temps a bien passé, mais voilà il y a aussi l'éternité de la conscience, et c'est pourquoi je serai jamais empiriste - mais des hommes comme vous Hume il en faut, parce que tellement ancré dans le sensible vous avez su me prendre la main au moment où je la tendais, et je reconnais que oui, la conscience à jamais réflexive se noie malgré tout en elle-même quand elle se donne au sensible.

Après sa douche et son café, sa courte nuit et son rêve érotique, elle a allumé son ordi, a appris la mort de Michael Jackson comme tout le monde, et s'est dit que la vie est bien courte malgré son poids - elle avait envie en cet instant d'appeler à la fois tous les hommes qui l'avaient tenue dans ses bras ne serait-ce qu'une minute.

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24 juin 2009

Le goût du plaisir

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photo : Martin Kovalik

C'est l'été maintenant plus de doute, comme avant ici mes talons claquent sur l'asphalte et puis je prends la rue pavée, je dois faire attention à pas me tordre la cheville, c'est ici qu'il y a toute ma vie, sur ces pavés et devant ces vitrines, dans ces rues si chères à mon coeur. Ici au carrefour j'enfourchais la moto de mon conseiller financier, mon banquier quoi, celui qui craquait toujours quand je le prenais en amazone ; là dans ce bistrot j'ai pris mon deuxième verre avec G., le seul homme vraiment beaucoup plus âgé que moi qui m'ait fait de l'effet, et ensuite il m'a dit combien je le faisais bander. Là-bas en face c'est le café où on prenait un petit-dej le dimanche matin VS et moi les week-end où il venait à Paris. Dans la rue pavée y a toujours tous mes commerçants favoris, je rentre dire bonjour à mon opticien et faire ma provision de bonbons (il y a toujours un gros bocal plein de bonbons sur le guichet d'accueil c'est cool), son assistante me demande des nouvelles de toute la famille puis on parle boulot, puis habitat, puis déco, une vraie pipelette cette femme mais je l'adore, disons faut avoir le temps pour aller chez l'opticien...

Je bifurque et j'arrive dans ma rue, celle qu'en voiture on ne peut prendre que par-derrière, c'est comme ça que j'expliquais la topographie pour se rendre chez moi à mes amis, ça les faisait bien rire, bref comme je suis à pieds je la prends par-devant et je tombe directement devant "chez moi". Un zeste de mélancolie quelques secondes en regardant ce qui était ma fenêtre, il y a un store à demi-fermé, je me demande qui vit dans mon studio aujourd'hui, un beau mec sûrement, est-ce que les murs lui ont dit tout ce qu'ils ont vu de moi ?...

Au bout de la rue c'est le petit restau du sud, j'y ai même emmené mon homme avec mon frangin au début quand on sortait ensemble, l'autre soir paraît que mon ami A. est allé dîner là-bas, moi ça fait longtemps. J'avais partagé une crème brûlée avec VS et aussi avec mon Elav, j'aime bien les crèmes brûlées mais c'est un peu lourd du coup je partage toujours. Je croise les manutentionnaires du Franprix, toujours un oeil qui traîne sur les gonzesses ceux-là, quand je pense qu'ils me mataient par la fenêtre de leur vestiaire qui donnait directement sur ma chambre, et moi qui me promenait en string chez moi avec cette chaleur, ils se sont bien régalés, bon c'est plus les mêmes ceux qui matent mes jambes alors que je dépasse le supermarché l'air de rien, ah les gars si vous saviez ce que vous avez râté !...Du coup je ris toute seule en prenant la grande rue. Celle où je laissais partir au travail le beau B. un sosie de Brad Pitt en brun, cheveux mi-longs et visage d'ange mais un dur faut pas croire, il bossait sur un chantier non loin.

Malgré ma petite blouse très légère en voile j'ai très chaud, est-ce que c'est le climat ou bien ma libido qui passe la vitesse supérieure dès que je me retrouve sur mes terres, je sais pas trop. Mon portable sonne, un mec sûrement, je réponds pas, juste pour le plaisir d'écouter le message ensuite, comme je faisais avant...
- Pardon Mademoiselle...L'avenue MP vous connaissez ?
Si je connais, il pouvait pas mieux tomber celui-là, dommage que je sois pressée à cause du temps chez l'opticien à parler fariboles. Vous continuez tout droit et vous êtes dessus, ben oui c'est tout simple...Euh...non désolée j'ai pas le temps de prendre un verre, par contre les serveuses de ce bar sont pas mal, si vous avez du temps vous...Je ris encore toute seule devant sa tête ahurie quand je lui ai dit ça, le pire c'est que c'est vrai, et que nous les femmes on est défavorisées dans ce bar car les serveurs eux sont tous homos. Bon je file, faut pas laisser le temps à la mélancolie de trop monter, et si je me prenais un Esquimau j'ai trop envie, là sur ce banc où je discutais philo, bobos et cadeaux avec Papa ?...

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18 juin 2009

Leçon d'empirisme

C'est la fin de l'année scolaire, pour moi le début des révisions forcenées, le programme de l'Agreg de Philo n'est toujours pas sorti, alors j'en profite pour relire certains philosophes que je négligeais un peu autrefois...Et ça donne :

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photo : © Numis

ça c'est une photo de moi avec David Hume, philosophe empiriste du XVIIIe siècle que j'ai plutôt évité durant mes années estudiantines, lui préférant le grand Descartes et les rationalistes. Finalement Hume est pas si mal...

A part la philo j'ai repris aussi la course, chaque soir quand je rentre du boulot, je me fais 20 minutes sur le bitume ou dans le parc non loin de la maison, j'ai toujours pas de survêt du coup je cours en leggings ou en short et les mecs me mattent bien, faut songer à me racheter des chaussures de course par contre car je commence à avoir des tendinites, les miennes sont foutues. Je vais bientôt passer à la demi-heure, l'objectif étant les trois-quart d'heure juste pour courir une fois avec mon homme, faut que j'y arrive.

Côté futilités je me suis acheté une petite robe légère à bretelles pour l'été, il paraît qu'elle est très courte moi je m'en rends pas trop compte, c'est mon mec qui me la fait remarquer à la kermesse de la petite, quand je me baissais pour lui refaire ses lacets ou autre, les papas des copines étaient tout ému paraît-il, et les mamans faisaient une drôle de tête, quand je pense que j'avais mis un string dessous ils ont du être servis. Mais sinon j'ai une allure hyper sérieuse, enfin vous savez pour ceux qui me connaissent...

A propos de ma puce, elle a fait sa première pelle, à 5 ans y a pas à dire, je suis trop fière d'elle, elle m'a devancée moi c'était à 8 ans, ah les jeunes !...

Enfin côté sexe c'est toujours le pied, c'est le cas de le dire. Je suis une femme discrète aussi je dirai rien d'autre à ce sujet, faudra vous taper Hume, peut-être que si vous êtes gentils et attentifs il vous en dira plus sur moi...sourire

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16 juin 2009

Tears, love and rain

VL

photo : Valeria Lazareva

C'est après la vague de chaleur, quand il s'est mis à pleuvoir sans arrêt, quand la terre assoiffée boit à plus en pouvoir, quand je regarde l'eau brouiller le pare-brise et que tu conduis toujours comme il faut, quand ma gorge se serre à la jonction tu sais, entre mon coeur et mon ventre, quand le temps glisse et que j'ai peur tout-à-coup, je me sens une fille comme une autre après tout, je suis si vulnérable, si fragile, juste parce que je t'aime...

Et si chaque jour un peu plus je comprends, chaque jour un peu plus pourquoi c'est toi, si et seulement si c'est bien moi, alors tout va bien n'est-ce pas, la vie continue, comme cette route devant nous, même si j'ai peur des inconnues toi tu sais les résoudre, t'as pas fait une S pour rien, à la base t'es un scientifique hein, je te laisse résoudre alors - moi je pense, moi je formule, moi j'écris.

Il pleut tu vois, je sais la chaleur reviendra, tu m'as dit pas plus tard que demain je te crois, je te crois toujours parce que tu sais tout faire, même transformer la pluie en soleil je te crois, prends-moi dans tes bras en attendant j'ai un peu froid, je me suis pas assez couverte ce matin, mes escarpins sont tous mouillés, faut que je te dise mon rêve, mon fantasme, ma réalité, ma peur...Voilà c'est très simple, c'est tout con. Mon truc quand je suis amoureuse c'est de partager le travail avec celui que j'aime, le labeur quotidien, la peine - parce que pour moi un homme et une femme qui s'aiment c'est pas que le plaisir c'est la peine traversée ensemble aussi, le poids et l'intime fierté qu'on en tire. Mes ex étaient militaires je devais le devenir, et si j'ai pas eu mal de renoncer c'est juste parce que toi tu l'es pas. Pour toi j'ai mis mes maigres compétences commerciales en avant, toute mon expérience professionnelle ridicule, simplement pour être près de toi, partager ce quotidien-là, être ta moitié quoi.

Bientôt je vais m'en aller préparer l'Agreg de Philo. Tu vas peut-être toi aussi changer de cap, quelque chose qui a trait à la personne, je me console en me disant que c'est un peu le même domaine même si ça n'a rien à voir. Il pleut encore tu vois. Et d'abord pourquoi tu veux que je parle ? J'ai peur tu vois bien. En même temps je sais que c'est ma dernière chance pour la Philo et l'enseignement, alors je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l'avoir cette putain d'agreg même si c'est c'est un concours plus dur que l'ENA vu le nombre de candidats et le nombre d'admis, même si j'ai une peur atroce de me casser la gueule en beauté. Mais cette peur-là c'est rien comparée à celle dont je te parle.

Bonnie and Clyde, j'ai toujours fonctionné comme ça moi, en binôme - c'est d'autant plus bizarre parce que dans la vie j'aime surtout la liberté et je déteste le couple fusionnel-collé-deux-en un, mais côté boulot le binôme c'est mon truc.

La nuit est tombée à l'heure où je t'écris, il a cessé de pleuvoir, sauras-tu faire taire mes craintes, sauras-tu me laisser ma place près de toi, sauras-tu me donner la main toujours, parce que même une guerrière a besoin d'un homme à ses côtés - pour partir au front le coeur léger, pour lui offrir ses victoires et pour revenir au pays en chantant. Dis, tu sens l'odeur du mouillé dans la rue, non je pleure pas t'es con...

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11 juin 2009

Sex and blues

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photo : Ferenc Wagner

C'est un hôtel très simple, une étoile au compteur, pas d'ascenseur, la grosse qui m'accueille en bas mâche un chewing-gum en feuilletant un programme télé, chambre 41 je vais me taper les 4 étages, heureusement que j'ai un bon souffle je me dis en la remerciant mais elle me regarde plus elle regarde son programme télé. Il fait très chaud il est 18h30, je retire ma veste en jean et entame l'ascension.

Le tapis est usé forcément, mais quand même c'est propre, cela dit l'interdiction de fumer n'est visiblement pas respectée par tous les hôtes, ça sent la clope, ça me donne envie même si je fume plus depuis 6 ans, je passe outre, de toute façon si j'en allumais une j'aurais pas de plaisir - c'est con il m'est resté le désir mais plus jamais le plaisir de fumer, il a été remplacé par un vague dégoût dès que je tire sur une clope, donc je ne vois aucun intérêt à m'y remettre. J'ai hâte de le revoir, je me demande s'il a beaucoup changé, les photos me disent que non mais bon c'est que des photos. Mon coeur bat un peu plus vite et c'est pas les étages qui font ça. Je suis au 4e, en face de moi une porte est entrebaillée, j'y vais.

La chambre est un peu sombre mais le soleil filtre par le rideau élimé de la fenêtre, j'ai chaud, je le vois pas, par contre devant moi un homme nu et à genoux sur le lit est en train de se branler fermement, c'est qui celui-là, me serais-je trompée de chambre, je suis un peu gênée mais pas lui, il me sourit et dit : "C'est toi ?! Putain ce que t'es bien foutue, il a pas menti le salaud, alors comme ça c'est toi qu'il se tapait tous les week-end, c'est toi qui lui a tout appris il paraît, dis donc t'en sais des choses..."

Je dis rien, je garde les lèvres serrées, des choses j'en sais plus encore vu que les années ont passé mais bon je garde ça pour moi, je suis pas le genre de fille à m'étaler. Le mec a fermé les yeux et a continué de se branler, ça donnait envie de l'aider d'autant plus qu'il en avait vraiment une grosse alors je l'ai aidé. C'est à ce moment-là que VS est apparu. Il sortait de la salle d'eau. Non il avait pas changé toujours son mètre 85, ses gros biceps, ses lèvres fines comme la lame d'un couteau qui me mettent dans un état second, son regard glacé qui quand il rencontre le mien devient plus brûlant que la braise : "Alors comme ça t'es là, il fait. Lui c'est X mon pote, il savait pas où dormir je lui ai dit qu'on lui laissait la chambre ce soir, t'es trop belle..." Tout a été si vite après, mon sang n'a fait qu'un tour, je me suis souvenu que mon petit cul le rendait fou...

Je me déshabille. Les carreaux bleus de la salle d'eau c'est déjà un peu de fraîcheur dans cette fin de journée torride. Cela dit rien de calculé, j'aime pas les minauderies, j'aime pas en rajouter, et je sais que mon corps se suffit à lui-même pour consumer un homme. Mon jean gît sur le carrelage avec mon string, avec mon Tee-shirt et mon balconnet. J'ai pas besoin de me retourner pour savoir qu'il est là, tout près de moi, dans la chaleur et la moiteur de l'après-midi parisienne à son paroxysme. Il me plaque contre le mur, j'écarte les jambes en compas, j'entends son pote qui râle de plaisir, il me pénètre violemment, je crie, mes mains à plat sur les carreaux bleus, la tête renversée en arrière, sa main dans mes cheveux, Dieu que c'est bon, comme il est dur, comme il est lui, comme j'aime ça.

On n'a pas été au bout fallait que je le prenne dans ma bouche, j'ai été terrible, délicieuse, inextinguible, sans pitié, je lui ai rendu tout ce qu'il venait de me donner contre le mur de la salle d'eau, agenouillée sur le lit devant lui je l'ai pompé à mort comme je sais faire, sans plus m'arrêter, en le laissant aller très loin dans ma gorge de temps en temps, quand je maîtrise bien ça va j'ai pas de haut-le-coeur, il a fini par venir dans ma bouche, mais j'ai reculé et lui ai présenté mon visage, mes seins, afin qu'il en mette un peu partout. J'ai fermé les yeux c'était trop bon son sperme chaud et amer sur mes lèvres et sur ma peau, j'ai entendu son pote qui criait : "Vas-y mets-lui tout !" VS s'est pas fait prier.

Quand on est repassés devant la grosse à l'accueil elle regardait toujours son programme télé, on est allés manger une pizza, je sais toujours pas qui était X par contre VS fume toujours et il est toujours aussi bon.

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10 juin 2009

A mes E(ux)

Joan Baez, Here's to you

C'est l'hiver il fait froid ou bien  c'est le printemps déjà je ne sais plus, mais il y a cette chanson de Joan Baez pendant qu'on se parle, il y a sa voix qui me bouleverse, il y a tes yeux dans mes yeux, si semblables - on a les mêmes. Je savais pas que tu avais plus que quelques mois à vivre.

Hier j'ai été voir mon médecin, celui qui me connaît si bien depuis longtemps, le docteur G., celui qui a diagnostiqué en une seconde mon ulcère et mon hémorragie interne quelques jours après ta mort, celui à qui je fais totalement confiance. Je ne voulais pas lui parler d'autre chose que des symptômes médicaux, après tout il n'est pas psy. Alors que je commençais à les décrire il m'a interrompue : V., dîtes-moi ce qui s'est passé. J'ai regardé mes pieds et j'ai tout balancé.

On t'a insulté, on a osé juger l'éducation que tu m'as donnée, libre et ouverte sur le monde et les autres, on a osé tenter de me museler, moi ta fille, moi qui porte une valeur pour laquelle tu as donné ta vie, la liberté, on a bafoué les valeurs que tu m'as transmises, le respect humain, la tolérance, la connaissance, l'humanisme.  On a voulu me faire taire et comme je me taisais pas on m'a insultée, puis toi.

Voilà Docteur c'est tout.

Ce café n'est pas loin du cabinet du docteur G. Mais depuis il a changé de direction et de décor, est-ce que tu aurais aimé le nouveau ?...Le bon docteur G. m'a calmée, il a tout compris. Il m'a donné un cocktail de vitamines à cause de l'épuisement et un traitement phytothérapique pour la nervosité. Mais l'essentiel de son ordonnance il a pas pu l'écrire : du sport et du sexe. Ah ! Oui il me connaît bien ce bon docteur G !

On parle de Platon, ou bien du dernier film qu'on a vu, ou bien de ma dernière frasque, ou encore de ma copine S., ou encore de Maman, ou de je ne sais quoi. Joan Baez chante et j'ai envie de pleurer, je ne dis rien, je voudrais que ces instants durent toujours. Tu es mon amour, tu es ma liberté, tu es mon exemple, tu es mon guide, tu es ma certitude.

Hier et aujourd'hui, en rentrant du travail, j'ai été courir comme avant, faut croire que mon corps m'attendait bien sagement, j'ai retrouvé tout d'un seul coup, ma puissance, mon endurance, mon plaisir. Pas une seule courbature, les battements réguliers de mon coeur me permettaient de continuer, les gars me regardaient courir, un m'a sifflée, un autre m'a sourit, faut dire que comme j'ai plus de survet j'avais mis un leggings ultra-moulant, j'étais délivrée du mal, tu souriais non loin de moi, assis sur un banc derrière un arbre, je t'ai vu avec ton vieux bouquin Papa, je te vois...

Qu'ils aillent se faire foutre. Je comprends tout ce que tu as souffert, tout ce que tu as affronté, parce qu'en plus tu as vécu une époque encore plus rétrograde que la mienne, alors les ignares comme ceux-ci, dénués de respect humain, plongés dans l'obscurantisme et la suffisance, obnubilés uniquement par le matériel, combien t'as du en affronter. Le problème Papa...c'était pas de les affronter. C'était de savoir qu'ils ont élevé l'homme que j'aime et que ce sont ses parents.

- Pleure pas, mon Amour, il a dit. Tu as été si courageuse. Ton papa est fier de toi. Et moi aussi, car tu as défendu le petit garçon que j'étais et l'homme que je suis devenu à tes côtés.

Dis Papa, c'est toi qui lui a soufflé ces mots à mon homme ?...Non parce que là franchement je suis restée sur le cul. Et je sais un peu plus pourquoi c'est mon homme. Souvent je regrette tant que vous ne vous soyez pas connus. Mais parfois comme aujourd'hui, alors que j'écoute avec lui Joan Baez, j'ai l'intime certitude que vous vous connaissez bien...

A Eric et Edmond, mon coeur à tout jamais.

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07 juin 2009

Le temps des cerises

Noir Désir, le Temps des Cerises

Un vin blanc sucré et des cerises voilà ce qui manquait, ce n'est que quelques jours plus tard que je prends conscience. La scène se déroule en noir et blanc autrefois, à une époque où j'existais pas. Pourtant la fille sur la pellicule c'est moi, habillée à la mode d'alors forcément, mais c'est moi, mes boucles brunes dansent autour de mon visage passionné et froid à la fois.

C'est le lieu de l'insurrection, de la lutte contre le pouvoir en place, le peuple grouille et s'agite, il fait chaud, les hommes sont beaux, je me demande lequel va venir vers moi en premier - bien que je ne suis pas là pour ça on est d'accord, mais bon je suis incurable et la révolution n'a jamais empêché personne de tirer que je sache. Au contraire. Beaucoup sont armés. Moi-même je m'assure que j'ai bien mon pistolet dans la grande poche de ma jupe, celui que mon frangin m'a donné avant de partir. Oui il est là, tout froid contre ma cuisse toute chaude.

Je souris. Il est là, il m'attendait je suis un peu en retard. Je repense aux 14 juillet de mon adolescence, j'aimais bien le bal populaire, celui des pompiers sur la place de la Mairie, j'abandonnais mes pseudo-copines très vite - en fait elles n'étaient là que pour la permission d'y aller, elles me regardaient partir avec le grand brun ou le beau blond en uniforme, et puis je les voyais plus, je dansais, j'étais ivre, j'étais dans ses bras, j'étais fière, j'avais le coeur qui battait.

La pellicule s'arrête, c'est abîmé ces vieux trucs, faut tout le temps vérifier. J'ai posé l'appareil sur la table. C'est lui qui est venu vers moi, forcément. J'attendais silencieuse avec en toile de fond la fumée et l'odeur de poudre et de sueur qui montaient de la rue. C'est beau un homme quand il a envie. J'ai fait glisser ma longue jupe sur mes jambes impatientes et quand elle est tombée à mes pieds on a entendu le bruit du pistolet sur le parquet. Ensuite on a tiré. Il était bien parti et moi aussi. Pourquoi il a fallu que le canon tire lui aussi ? Le bruit énorme a déchiré l'air malgré la fenêtre fermée, j'ai sursauté, il s'est arrêté net : faut que j'y aille, il a dit. J'ai hoché la tête, pas de souci je comprends. Je l'ai accompagné dehors, on trébuchait sur les pavés en courant, heureusement que j'ai pas mis mes talons je me suis dit, je l'ai laissé devant la grande barricade, un baiser furtif et puis plus rien. Ensuite j'ai traversé Paris difficilement. Ce n'est qu'aux Invalides que j'ai retrouvé mon groupe.

Si on se revoit faudra pas oublier le vin blanc et les cerises. Parce que le désir de toutes façons personne l'oubliera.

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03 juin 2009

23h30- Fin de week-end

bernd_mueller

photo : Bernd Mueller

Un peu plus de 23h30 au décodeur de la live-box, elle s'affale contre son torse nu dans le grand canapé, il fait chaud malgré la baie vitrée entrouverte, elle n'est plus que flamme, braise incandescente, à la limite de l'incendie -mais l'incendie c'est lui seul qui peut l'allumer. L'écran luminescent de la télé s'éteint, le silence emplit la nuit d'été naissante, la lumière de l'halogène s'est faite plus douce alors qu'il fait passer sa fine nuisette de soie au-dessus de ses bras graciles.

- Tu es brûlante. Je pensais que ce soir tu serais rassasiée...
- Non. Seulement mise en appétit. Prends-moi !

Ses petits seins tout ronds sont très durs, gonflés au maximum, il les tient fermement dans ses larges mains, il joue un peu de son impatience, mais lui-même n'en peut plus de la voir ainsi, divinement tendue vers son désir, impatiente et tremblante, toute à lui. Il va la prendre oui. Il va la défoncer, il va la faire hurler de plaisir et elle mordra un coussin pour ne pas crier, ou bien elle enfoncera ses ongles dans sa chair, mais il ne sentira que son plaisir dément, que la terrible et rageuse déferlante de sa jouissance -toute à lui.

Elle n'est plus qu'une poupée entre ses mains, elle se laisse faire avec perversité, puis soudain se rebelle, inouïe, imprévisible, dressée au-dessus de lui comme une justicière, ses yeux sont devenus plus noirs que la nuit elle-même, elle prend son pied, elle sourit, elle est si belle qu'il serait tenté de la laisser le finir, mais non, il la retourne, la reprend brutalement, il la défonce sans plus aucune limite, c'est son poing qu'elle mord comme elle peut, dégoulinant de sa salive de bête acharnée, elle pleure, elle supplie, il l'ouvre plus encore comme elle le mérite.

Ce n'est qu'au bout de toutes ses forces d'homme, les muscles tendus et le souffle court, au bout de sa force à elle, animale, insoupçonnable dans un corps si frêle, au bout de leur amour où commence simplement l'éternité, qu'il laisse enfin monter le flot, qu'il lâche tout, la main sur sa bouche, l'autre serrant son ventre chaud et bouleversé contre lui...

Elle n'a qu'un mot, toute petite bête contre son corps d'acier trempé de sueur, épuisée, défaite, magnifique : je t'aime toi tu sais, merci.

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